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Un rapport officiel explique comment un passager civil a pu s'éjecter par erreur d'un Rafale

Un Rafale en mer, le 10 février 2020.

Un Rafale en mer, le 10 février 2020. - MARIO GOLDMAN / AFP

Le Bureau enquêtes accidents vient de rendre un rapport pointant de multiples dysfonctionnements qui ont conduit un homme à bord d'un avion de chasse à s'éjecter. Incident qui a été suivi par d'autres anomalies, heureusement sans graves conséquences.

L'incident aurait pu être dramatique. Les faits remontent au 20 mars 2019, mais les causes viennent tout juste d'être connues, avec la publication d'un rapport du Bureau enquêtes accidents (BEA) pour la sécurité de l'aéronautique d'Etat, révélé par Le Point.

Il est 12h50 ce jour-là, lorsqu'une patrouille de trois avions de chasse Rafale décolle de la base aérienne de Saint-Dizier, en Haute-Marne. A bord du troisième aéronef, un pilote, évidemment, et un passager civil, qui occupe la place arrière de l'appareil. A 12h52, ce dernier est éjecté de son siège. Ce qui mettra au jour une ribambelle de dysfonctionnements qui auraient pu déboucher sur une issue bien plus grave. Le pilote et le passager n'ont été que légèrement blessés. 

Vol surprise

L'homme est directeur d'une société d'armement. Il est âgé de 64 ans, et "il s’agit de sa première expérience sur un aéronef autre qu’un avion de ligne", précise le rapport d'enquête de sécurité. Occasionnellement, il arrive que l'Armée de l'air embarque des passagers civils dans ses avions biplace, note Le Point. 

Ce jour-là, il s'agit d'un vol surprise, organisé par les collègues du sexagénaire. Ce dernier apprend le matin-même le programme de la mi-journée. A son poignet, une montre connectée. L'examen de cette dernière par les enquêteurs montrera que l'homme est très stressé: sa fréquence cardiaque se situe entre 136 et 142 battements par minute. Impossible de refuser, analyse le rapport: 

"L’organisation de ce type de vol par des collègues de travail, alors que cela est extrêmement rare pour le personnel de cette société, peut créer un sentiment d’exception. La pression sociale de l’entreprise, représentée par un nombre important de collègues présents et notamment un ancien pilote de l’armée de l’air à l’origine du vol, a empêché tout refus."

Visite médicale au dernier moment

Le matin, l'homme a passé une visite médicale. Au dernier moment, pour ménager l'effet de surprise. Pourtant, dans le rapport, les enquêteurs indiquent qu'"un délai de 10 jours pour la réalisation de la visite médicale pour les aptitudes au vol occasionnel sur les aéronefs dotés de sièges éjectables a été établi". 

Lors de cette visite, le médecin conclut que le facteur de charge du vol, c'est-à-dire le ressenti du poids en fonction de la gravité, doit être limité à 3 G. Mais le message ne parvient pas au pilote en raison d'un problème technique.

Peu avant 13 heures, l'appareil décolle. Passée la phase de montée, le facteur de charge se modifie considérablement, entraînant "automatiquement un soulèvement du haut du corps du passager" suscitant l'incompréhension de ce dernier. Il cherche à se raccrocher et "s'agrippe alors à la poignée et déclenche le système d'éjection".

Equipement mal arrimé

L'enquête montrera que l'équipement du passager n'était pas optimal. Les sangles de son pantalon anti-G, un vêtement destiné à protéger l'organisme des effets des fortes accélérations, n'étaient pas suffisamment serrées. Idem pour le casque: la sangle jugulaire n'était pas attachée et les visières étaient toutes deux levées, alors que l'une doit obligatoirement être abaissée lors du décollage. Selon les exploitations des enregistrements audio, le pilote a pourtant bien rappelé cette règle.

Outre ces dysfonctionnements "humains", deux autres, cette fois techniques, sont à pointer. Lorsque le passager a actionné le système d'éjection, le canot pneumatique censé se gonfler, au cas où l'éjection surviendrait en survol d'une mer par exemple, ne s'est pas gonflé. Plus préoccupant, l'éjection du pilote, situé à l'avant de l'appareil, n'a pas été déclenchée alors qu'elle était censée être automatique. 

Pas de dégâts majeurs

Selon l'Armée de l'air, citée par Le Point, le pilote aurait pu, si cela avait été nécessaire, déclencher sa propre éjection. Dans ce cas précis, le fait de rester dans l'appareil lui a permis de procéder à l'atterrissage et de sauver le Rafale, qui, hormis le bris de la verrière engendré par l'éjection et la perte d'un siège éjectable, ne présente pas de dégâts majeurs. 

"L'analyse de la situation et les actions du pilote ont été très lucides après l'éjection du passager", indique au Point le colonel Cyrille Duvivier, porte-parole de l'Armée de l'air.

Si l'incident aura un coût élevé, le seul remplacement d'un tel siège pouvant coûter entre 100.000 et 200.000 euros d'après l'hebdomadaire, il y aura eu plus de peur, que de mal.

Clarisse Martin