BFMTV

"Un mutisme total": le juge d'instruction qui a interrogé Abdeslam explique qu'"il n'a jamais parlé sur les faits"

Christophe Teissier, juge d'instruction antiterroriste entre 2008 et 2019, a auditionné Salah Abdeslam à plusieurs reprises. Se heurtant à chaque fois à son silence.

Il l'a auditionné "à de multiples reprises" mais s'est heurté à "un mutisme total", relate ce jeudi le magistrat Christophe Teissier sur BFMTV à l'égard de Salah Abdeslam, au lendemain de l'ouverture du procès des attentats du 13-Novembre. Le magistrat a été juge d'instruction antiterroriste entre 2008 et 2019, intervalle dans lequel il a rencontré le principal accusé du procès, notamment pour lui signifier initialement sa mise en examen et les infractions qui lui sont reprochées.

"C'est un mutisme total, en paroles, puisque hormis à une occasion où il a fait une diatribe ou un discours de quelques minutes sur la responsabilité de l'État français, la responsabilité d'hommes politiques dans les attentats, il n'a jamais parlé sur les faits, il ne s'est même jamais exprimé sur sa personnalité", explique le magistrat, dont la parole publique est rare.

Mutisme verbal et gestuel

"Au-delà de ce mutisme verbal, il y avait aussi un mutisme gestuel, poursuit-il. Salah Abdeslam a toujours été extrêmement attentif aux questions que je lui posais mais il n'a jamais montré aucune émotion de quelque nature que ce soit, ou aucune réaction de quelque nature que ce soit; l'étonnement, l'agacement ou tout autre... C'est vraiment un mutisme global, de la parole et du geste", résume Christophe Teissier.

Mercredi, lors du premier jour du procès, le dernier membre en vie des funestes commandos du 13 novembre 2015 a pris la parole à deux reprises. Une première fois à l'ouverture de l'audience, refusant de décliner l'état civil de ses parents et se bornant à déclarer "qu'il n'y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager" et ajoutant avoir "délaissé toute profession pour être combattant de l'État islamique".

Plus tard dans la journée, l'homme a dénoncé en hurlant ses conditions de détention, estimant être "traité comme un chien". Une diatribe qui a suscité l'émotion dans la salle: "Et nous? Il y a eu 130 morts! Salopard!", a répliqué une victime.

"Rupture de l'attitude"

Des prises de paroles que Christophe Teissier juge étonnantes. "C'est un petit peu surprenant, en rupture avec ce qu'il a fait durant les cinq ans d'instruction. (...) On est en face d'une rupture de l'attitude de Salah Abdeslam", analyse l'ex-magistrat instructeur.

"S'il est dans cette optique-là, c'est peut-être qu'il a un peu envie de s'exprimer, même si cette expression risque de prendre des formes extrêmement provocatrices, que peut-être on sera déçus sur le fond réel du dossier", ajoute Christophe Teissier.

"Il ne s'était jamais plaint de ses conditions de détention", poursuit-il, expliquant que "le principal enjeu de ses conditions de détention (était) de s'assurer de l'intégrité physique de Salah Abdeslam, pour éviter qu'il ne tente de se donner la mort ou comme certains voudraient le faire, d'être martyr en faisant un coup d'éclat". "Sur le fond, je n'ai jamais reçu (...) de lettre m'indiquant 'je me plains, je n'ai pas assez de ci, je n'ai pas assez de ça', là encore, c'était le mutisme qui prévalait", se souvient Christophe Teissier.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV