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Un mois après la disparition de Steve à Nantes, des zones d'ombre et une colère qui monte

Un rassemblement pour Steve aura lieu ce samedi, un mois après sa disparition lors de la Fête de la musique. Cinq enquêtes sont en cours, dont l'une pour "mise en danger de la vie d'autrui et violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique" à l'encontre des forces de l'ordre.

"On a un corps disparu qui peut ne pas réapparaître. S'il n'y a pas de corps, il n'y a pas de mort. S'il n'y a pas de mort, il n'y a pas de responsable de la mort." Près d'un mois après la disparition de Steve le soir de la Fête de la musique, l'incompréhension demeure chez les Nantais comme Emmanuel, qui participe aux recherches pour retrouver l'animateur périscolaire de 24 ans. Ils attendent toujours des explications sur la confuse opération de police durant laquelle 11 personnes sont tombées dans la Loire.

"Noyade autorisée par la préfecture"

Quai Wilson, là où se sont déroulés les événements dans la nuit du 21 au 22 juin, les tags donnent le ton: "noyade autorisée par la préfecture", "bavures policières il faut que ça cesse", "nous voulons la vérité pour Steve". Par petits groupes, des proches viennent régulièrement scruter le fleuve. Un nouveau rassemblement est organisé samedi à 15h30 pour demander "où est Steve?", indique l'association Média'son sur sa page Facebook.

"J'aimerais vraiment qu'on le retrouve", nous confie une jeune dont Steve s'occupait. Comme elle, ses camarades qualifient le disparu de "quelqu'un de "joyeux et calme", "un animateur hyper gentil", "agréable", qui "disait tout le temps bonjour, avec le sourire." 

Une absence évidemment encore plus douloureuse pour sa famille:

"Ce sont des gens qui souffrent terriblement parce que leur fils est tombé dans la Loire et ils n'ont pas le corps", a indiqué Cécile de Oliveira, leur avocate.

Cinq enquêtes en parallèle

Les parents se sont constitués partie civile dans l'enquête menée par la police judiciaire de Rennes sur la disparition de leur enfant. Une trentaine d'auditions ont été réalisées à Nantes. 

En parallèle, une plainte collective de 89 participants pour "mise en danger de la vie d'autrui et violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique" a été confiée mardi à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

Une enquête de la police judiciaire a par ailleurs été ouverte à la suite de "dix plaintes de policiers qui ont été blessés lors des événements de la Fête de la musique", a déclaré Pierre Sennès, procureur de la République à Nantes.

L'enquête du Défenseur des droits ne fait "ni chaud ni froid" au préfet

Le Défenseur des droits Jacques Toubon s'est également auto-saisi pour enquêter sur cette soirée mouvementée. L'annonce n'a fait "ni chaud ni froid" au préfet Claude d'Harcourt qui avait déclaré sur France Bleu Loire Océan, deux jours après les faits, que les forces de l'ordre intervenaient "toujours de manière proportionnée".

L'affaire a aussi pris un tournant politique, depuis que la maire de Nantes, Johanna Rolland, a réclamé jeudi des explications au ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. 

"De nombreuses questions restent sans réponse concernant une opération policière qui s'est tenue dans notre ville. Il doit désormais y être apporté, sans délai, des explications précises et publiques. (...) Un mois après les faits, il faut désormais que les investigations aboutissent extrêmement rapidement", exige l'édile nantaise.

Des éclaircissements d'autant plus nécessaires après la publication par Libération de nouvelles vidéos de l'intervention de police ce soir-là. On y aperçoit les forces de l'ordre avancer sur le Quai Wilson en rangée, tandis que des jeunes crient "Y'a de l’eau derrière, y'a la Loire derrière!" puis quelques minutes plus tard: "Y'a des mecs à l’eau", "Y'a des mecs dans la Loire!"

Esther Paolini avec AFP