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Tentative de départ en Syrie: Anne Diana Clain et son compagnon condamnés à 9 et 10 ans de prison

Mohamed Amri et Anne Diana Clain, dans le box des prévenus de la 16ème chambre du tribunal correctionnel de Paris, le 19 novembre 2019.

Mohamed Amri et Anne Diana Clain, dans le box des prévenus de la 16ème chambre du tribunal correctionnel de Paris, le 19 novembre 2019. - Benoit PEYRUCQ / AFP

Dépeinte comme une femme "influençable", Anne Diana Clain, soeur aînée des deux "voix françaises de Daesh", a fait acte de repentance durant les deux jours d'audience. Son époux, religieux, a quant à lui continué de nier une volonté de départ définitif en Syrie.

D’un bout à l’autre du box, Anne Diana Clain (44 ans) et Mohamed Amri (58 ans) ont livré pendant deux jours deux versions radicalement opposées pour justifier leur tentative de rejoindre la Syrie entre 2015 et 2016. Elle n’a cessé de plaider la naïveté mais a reconnu un départ définitif. Lui s’est enfoncé dans une défense perdue d’un voyage provisoire. Les deux n'ont visiblement pas convaincu le tribunal, qui a condamné ce mercredi la sœur des “voix françaises de l’Etat islamique” à 9 ans de prison, avec une peine de sûreté des deux tiers. Son époux religieux a lui écopé de 10 ans d’emprisonnement.

Tous les deux étaient jugés devant la 16ème chambre du tribunal correctionnel de Paris pour “association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme”. La justice leur reprochait d’avoir tenté de gagner la zone irako-syrienne durant l’été 2015, avec quatre enfants mineurs, en ayant pris le soin de vider leur domicile. Après avoir été refoulés à la frontière turque, ils ont patienté pendant neuf mois à Sofia (Bulgarie), vivant notamment de l’argent envoyé par les frères d’Anne Diana, Fabien et Jean-Michel Clain, qui provenait de leurs activités au sein de Daesh. Ils ont tenté une nouvelle fois de passer la frontière le 1er juillet 2016, avant de se faire arrêter par la police turque puis expulser en France. 

“Ça s’appelle le déni, Madame”

Enveloppée dans un manteau couleur crème, la mère de famille à l’épaisse chevelure bouclée ne nie pas son désir de quitter la France. Elle reconnaît avoir voulu vivre en territoire contrôlé par l’organisation Etat islamique, où la plupart du clan Clain se trouve déjà: “Le pays il est trop bien, il faut venir, on peut pratiquer l’islam comme on veut”, lui disait sa famille. Au tribunal, celle qui a arrêté sa scolarité en quatrième à la suite d’une première grossesse, est apparue crédule, incapable d’avoir à l’époque le recul nécessaire pour voir le danger dans lequel elle entraînait ses enfants:

“Je l’imaginais - l’Etat islamique - comme la France. Je savais qu’il y avait la guerre mais on me disait que les bombardements étaient loin. J’ai eu des œillères pour ne pas regarder”, avoue-t-elle, d’une voix douce. Et d’ajouter: “J’enjolivais le truc.”
“Ça s’appelle le déni, Madame”, lui rétorque la présidente.

Sur les activités de ses frères sur zone, Anne Diana Clain prétend que l’un de ses frères était “gardien de la paix à Tabqa”.

 "Gardien dans la police islamique plutôt?, la contredit la juge. 

Sans être “solidaire de ses frères”, elle dit avoir gardé pour eux “une affection”. L’examen de personnalité dépeint l’image d’une femme “influençable”, avec “un niveau de maturité qualifié de faible", un “besoin de reconnaissance” qu’elle a trouvé chez son mari qui est “la personne qui apaise le plus ses angoisses personnelles”.

Posture d’un conseiller religieux

La voix d’Amri est, elle, enrouée. Son visage, creusé. Il se racle la gorge avant de détailler succinctement son parcours. Un départ de la Tunisie à 13 ans pour rejoindre la France dans le cadre d’un regroupement familial, puis l’enchaînement de petits boulots de chauffeur-livreur ou dans le bâtiment. Le prévenu refuse de justifier ses antécédents judiciaires concernant des violences sur un enfant né d’une précédente union: “Je ne suis pas quelqu’un qui tabasse ses enfants. Elle m’a pardonné, j’ai eu plus mal qu’elle. Je n’ai pas envie de rentrer dedans”, balaye-t-il.

Au travers des examens de personnalité et des rapports des services pénitentiaires, l’homme aux cheveux poivre et sel en catogan apparaît prétentieux:

“Il se sent intelligent” décrivent les experts, et peut “manipuler ceux qui l’approchent. Mohamed Amri est tellement convaincu de la puissance de sa croyance, ajoutent-ils, sa posture est celle d’un conseiller religieux.” 

“Partir une semaine, pas plus”

Sur le rôle des femmes du clan Clain, il soutient qu’elles ne peuvent “pas réfléchir à un problème international” car “elles s’occupent des enfants”. Quant à leur voyage d’un an entre la France, l’Italie, la Grèce, la Turquie et la Bulgarie, le Tunisien jure qu’il avait prévu de “partir une semaine, pas plus. Dire bonjour, on regarde ce qu’il se passe, on va voir la famille et puis c’est tout”, essaye-t-il.

Dans ses réquisitions, la procureure affirme au contraire que ce périple sur “des chemins de traverse” se voulait “définitif”. “Jamais ils ne rebrousseront chemin”. En “dépit de “positionnements qui peuvent apparaître différents”, le parquet a requis contre Anne Diana Clain et Mohamed Amri la peine maximale, soit 10 ans d'emprisonnement assortis d’une période de sûreté des deux tiers.

"Votre famille est maudite"

Une "peine d'anéantissement", s'est insurgé Me Nogueras, l'un des avocats d'Anne-Diana Clain: "Elle n'a jamais mis les pieds là-bas !" “Elle a tout reconnu, elle s’est auto-incriminée”, poursuit son confrère Me Martin Desrues, second avocat de la prévenue. ”Il y a énormément de sang sur votre nom de famille. Votre famille est maudite”, abonde ce dernier, tandis que sa cliente pleure dans le box. “Ne jugez pas les prévenus par procuration”, ajoute enfin Me Louise Dumont Saint Priest, avocate de Mohamed Amri.

Peu après 20 heures, le tribunal a finalement condamné Anne Diana Clain à 9 ans de prison, avec une peine de sûreté des deux tiers, ainsi que trois ans de suivi socio-judiciaire. Son compagnon a quant à lui été condamné à 10 ans de prison, avec une peine de sûreté des deux tiers et une interdiction de résider sur le territoire français. Les avocats des deux prévenus ont annoncé leur intention de faire appel. Sur les bancs du public, certains enfants du couple, entourés d'éducateurs, ont fondu en larmes.

Esther Paolini