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Quand "la rumeur du 9-3" exaspère Niort, Poitiers et Châlons

La tranquille petite ville de Niort est le théâtre, depuis plusieurs années, d'une rumeur selon laquelle la mairie ferait venir des habitants du 93 contre compensation. La maire a déposé une plainte contre X le 11 octobre.

La tranquille petite ville de Niort est le théâtre, depuis plusieurs années, d'une rumeur selon laquelle la mairie ferait venir des habitants du 93 contre compensation. La maire a déposé une plainte contre X le 11 octobre. - -

Plusieurs maires ont récemment porté plainte pour endiguer une rumeur, selon laquelle leur ville recevrait des subventions pour accueillir des habitants de Seine-Saint-Denis. Certain d'entre eux réfléchissent à une action collective.

Mise à jour le 24/10 à 19H00: jeudi, le maire de Limoges a à son tour déposé plainte contre x pour "allégations mensongères portant atteinte à la considération due à l'autorité publique".

Elle court, elle court, la folle rumeur. A Niort, dans les Deux-Sèvres, mais aussi dans d’autres villes moyennes comme Poitiers, Tulle ou Châlons-en-Champagne, une partie des habitants croit mordicus que leur mairie a fait venir "des gens du 9-3" contre compensation. La capacité de nuisance de cette légende urbaine est devenue telle que certains maires envisagent désormais d'engager une action collective, selon Le Parisien.

Excédée par cette rumeur à laquelle elle n'a pu tordre le cou, la députée-maire PS de Niort, Geneviève Gaillard, a déjà porté plainte contre X, le 11 octobre dernier. Jusqu'ici, la maire de Niort se refusait à commenter la rumeur, de peur de l'alimenter, indiquait-elle dans le journal Libération du 18 octobre.

Mais Geneviève Gaillard a fini par déposer plainte auprès du parquet de Niort pour "préjudice causé à l'autorité publique par des assertions mensongères". Depuis "des mois, un bruit insistant, qui devient une rumeur, parcourt la ville de Niort, et au-delà", écrit-elle dans sa lettre au parquet. Elle y déplore la "persistance et l'ampleur d'un phénomène qui porte en lui la provocation (...) à la discrimination, à la haine, à la violence".

Ce que colporte la rumeur

Selon cette fable, finalement baptisée "rumeur du 9-3" par plusieurs articles de presse, la ville aurait signé une convention avec le Conseil général de Seine-Saint-Denis, l'un des départements les plus pauvres de France et à forte population immigrée, pour accueillir des "personnes de couleur noire, originaires de [ce département] ou d'ailleurs mais, en tout cas, non niortaise", écrit l'élue.

Le président PS du conseil général de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel s'agace aussi d'une telle stigmatisation: "Cette rumeur ne repose sur aucun fondement, ce type de rumeurs stigmatise mon département, c'est insupportable". Stéphane Troussel a cependant écarté un dépôt de plainte "pour ne pas faire écho à des attaques malsaines insupportables".

Des maires préparent une action collective contre la rumeur

Le chef-lieu des Deux-Sèvres n'est pas la seule à souffrir de cette rumeur, rapporte le JDD. Châlons-en-Champagne, Limoges, Tulle ou Poitiers, sont aussi le théâtre des mêmes racontars. C'est ainsi qu'on entend que toutes ces municipalités auraient tiré compensation de l'accueil de familles défavorisées de Seine-Saint-Denis. A Châlons-en-Champagne, Benoist Apparu, candidat UMP à la mairie, a porté plainte le 28 août dernier. Tout comme Alain Claes, le député-maire PS de Poitiers, en juillet.

Avec Xavier Bertrand, maire de Saint-Quentin dans l'Aisne, qui dit connaître le même problème, Benoist Apparu essaie de rallier d'autres maires (comme ceux de Vitry-le-François ou de Reims), indique lundi Le Parisien, pour lancer une action collective. Ces villes présentent plusieurs points communs: elles sont de taille moyenne et plutôt préservées du chômage et de la délinquance. Elles ont un taux d'immigration bas.

"L'actualité crée la rumeur"

A Niort, l'origine de cette rumeur alimentée par quelques faits divers locaux est impossible à cerner, reconnaît la maire socialiste Geneviève Gaillard, mais "ça a commencé il y a trois ou quatre ans". Plusieurs démentis avaient alors été publiés dans la presse locale mais, "en juillet dernier, ça s'est emballé. Et ça prend de l'ampleur", d'où la plainte déposée pour tenter d'en endiguer la progression, explique-t-elle.

Pour Jean-Noël Kapferer, auteur de Rumeur, le plus vieux média du monde, interrogé par le JDD, ce n'est pas un hasard si la rumeur ressort maintenant, "en pleine agitation migratoire". Pour lui, c'est "l'actualité qui crée la rumeur". Cela se propage par "le bouche-à-oreille", selon Pierre Lacore, directeur des relations extérieures de la ville de Niort, par exemple chez des commerçants, mais aussi sur les réseaux sociaux, où "des propos inadmissibles sont écrits", dénonce Geneviève Gaillard.

Le chercheur Pascal Froissart, auteur de La Rumeur, histoire et fantasmes, interrogé par Libération, s'étonne lui, que les élus aient porté plainte, arguant qu'"il y a finalement très peu de victimes dans cette histoire". Et que loin de la calmer, cela va au contraire alimenter la rumeur, lui donner corps. Benoist Apparu, lui, se fait peu d'illusions: "La rumeur va repartir de plus belle en février", dopée par la perspective des municipales, prédit l'élu UMP.

Magali Rangin avec AFP