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Procès

Il proposait des relations sexuelles avec sa fille de 12 ans sur un site libertin: un ex-magistrat jugé

Le palais de Justice de Besançon, le 24 juillet 2020

Le palais de Justice de Besançon, le 24 juillet 2020 - SEBASTIEN BOZON © 2019 AFP

Un ex-juge aux affaires familiales de Besançon est jugé ce vendredi pour "instigation non suivie d’effet à commettre un crime sur un mineur". Le procureur promet que "la justice passe pour tous".

L'affaire a provoqué la stupeur jusqu'au ministère de la Justice. Un magistrat, révoqué depuis la révélation de l'affaire, est jugé ce vendredi par le tribunal correctionnel de Besançon pour "instigation non suivie d’effet à commettre un crime sur un mineur". Ce crime, c'était celui de "corruption de mineur", de "viol" et d'"agression sexuelle", alors qu'il proposait à des inconnus sur des sites échangistes des relations sexuelles avec sa fille de 12 ans.

Olivier B. devrait être jugé en son absence, a appris BFMTV.com. "Je suis particulièrement remonté qu'un ancien juge fasse cet affront à la justice", réagit Etienne Manteaux, le procureur de la République de Besançon. Déjà le 12 janvier dernier, le procès avait dû être renvoyé alors que l'homme de 56 ans ne s'était pas présenté. Son avocate avait fourni un certificat médical pour justifier son absence.

"Il sera jugé, prévient le procureur. Il sera jugé à la lecture des éléments du dossier."

La crainte d'un passage à l'acte

Ce dossier qui avait conduit à la mise en examen de ce magistrat, aux brillantes évaluations, remonte au 12 juin 2020 alors que l'enquête contre lui avait été ouverte un an plus tôt sur la base d'un signalement d'un site de rencontres libertin. Un utilisateur de ce site échangiste avait alerté le régulateur alors qu'un internaute proposait d'inclure sa fille de 12 ans dans les rapports sexuels.

Dans ses échanges, l'homme impliquait dans un premier temps sa femme, également magistrate, puis sa fille, dont il disait qu'il fallait la "dominer" et "l'initier". Une information judiciaire est rapidement ouverte et une enquête est menée. Un travail en cyberinfiltration est mené par les policiers, qui entrent en contact avec le magistrat, vice-président du tribunal judiciaire de Dijon, en charge du pôle familial.

Lors des échanges avec les policiers, l'homme ne va pas renouveler sa proposition de faire participer sa fille. "Les premiers éléments auraient pu apparaître fantasmatiques", reconnaît une source proche du dossier. Mais les investigations vont permettre d'exhumer sur son téléphone portable des échanges récents avec des connaissances au cours desquels le magistrat incitait à nouveau à "initier" la jeune fille.

"Il y a une crainte qu'il soit passé à l'acte s'il n'avait pas été interpellé", poursuit cette source.

Il est retourné vivre avec sa famille

Olivier B. a été mis en examen et laissé libre sous contrôle judiciaire. Sa première sanction est venue du conseil syndical de la magistrature (CSM). En juillet dernier, il a été radié, la plus lourde sanction disciplinaire pour un magistrat, l'instance estimant qu'il avait "gravement porté atteinte" à l’image et à l’autorité de la justice. Le CSM a également déploré qu'il était incapable d'"assumer" ses actes.

Lors de l'audience qui s'était tenue partiellement à huis clos, l'homme avait reconnu les faits, évoquant des "fantasmes qu'il n'aurait jamais concrétisés". Son avocate, contactée sans succès par BFMTV.com, avait mis en avant un stress post-traumatique lié à l'affaire de Pierre Bodein, surnommé "Pierrot le fou", qui a été condamné en 2004 pour trois meurtres sauvages et deux viols. Olivier B. était alors l'avocat général lors du procès qui a vu condamner le meurtrier à la réclusion criminelle réelle.

Une expertise psychiatrique a été demandée par le juge lors de la dernière audience renvoyée. L'expert a conclu à un état suicidaire du prévenu. Ce dernier, placé sous contrôle judiciaire depuis sa mise en examen, est retourné vivre avec sa famille, avec sa femme et ses enfants, dont sa fille de 12 ans. L'adolescente, brillante à l'école, bénéficie d'un suivi socio-éducatif.

Mais le procureur de la République de Besançon prévient, "il est important que la justice passe, pour tous".
https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV