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Procès des attentats de 2015: le "déni" des accusés pilonné par les parties civiles

Croquis d'audience d'Ali Riza Polat au Tribunal de Paris lors du procès des attentats de janvier 2015, le 2 décembre 2020

Croquis d'audience d'Ali Riza Polat au Tribunal de Paris lors du procès des attentats de janvier 2015, le 2 décembre 2020 - Benoit PEYRUCQ © 2019 AFP

Après un mois d'interruption à la suite de plusieurs cas de Covid-19, le procès a repris depuis mercredi. Les avocats des parties civils regrettent l'absence de réponses pour leurs clients.

"Une épidémie d'Alzheimer": au procès des attentats de janvier 2015, les avocats des parties civiles ont pilonné jeudi l'attitude des accusés, en dénonçant les "oublis" et les "mensonges" qui ont ponctué l'audience, pleinement relancée après un mois de suspension.

Aujourd'hui, "le sentiment de culpabilité n'est pas dans le box, il est pour les familles", a regretté Me Laurence Cechman, avocate de proches de victimes de l'attaque de l'Hyper Cacher, en évoquant devant la cour d'assises spéciale de Paris les "questions incessantes" de ses clients.

"C'est la même chose, toujours: mort aux juifs, à mort les juifs, dehors les juifs, sales juifs! Pourquoi? Mais il n'y a pas de réponse. C'est une haine. Elle ne s'explique pas, elle se donne en héritage. Le juif nourrit tous les fantasmes", a-t-elle martelé.

"Rien n'est sorti de vous!"

Le 9 janvier 2015, Amedy Coulibaly, recherché depuis l'assassinat d'une policière municipale à Montrouge la veille, avait abattu en un quart d'heure quatre personnes, Yohan Cohen, Philippe Braham, Michel Saada et Yoav Hattab, lors d'une prise d'otage dans un magasin Hyper Cacher.

Cette attaque jihadiste, survenue deux jours après l'attaque de Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts, avait suscité l'horreur et l'incompréhension, notamment au sein de la communauté juive, prise pour cible une nouvelle fois trois ans après l'affaire Merah.

Comment cette attaque a-t-elle été organisée? Quand et par qui a-t-elle été planifiée? A la barre, Me Cechman confie sa déception: "Lorsque le procès s'est ouvert, je me disais qu'on allait avoir des réponses", raconte l'avocate en se tournant vers les accusés. Mais "rien, rien n'est sorti de vous!", s'agace-t-elle, en dénonçant une forme d'"omerta" parmi les accusés. "Durant deux mois, on a eu une maladie qui s'est répandue dans le box: un Alzheimer précoce, une cécité foudroyante!"

Déception des parties civiles

Durant les premiers jours de ce procès présenté comme "historique", les accusés avaient promis d'"apporter des réponses" aux familles ou bien de "dire la vérité", à l'image du "bras droit" présumé d'Amédy Coulibaly, Ali Riza Polat. Mais durant leurs interrogatoires, les accusés - jugés pour leur soutien logistique présumé aux auteurs des attentats - ont multiplié les déclarations contradictoires, jusqu'à remettre en cause les propos qu'ils avaient tenus pendant l'enquête.

Une attitude mal vécue par les parties civiles. "Les accusés affirment n'avoir rien vu, rien entendu. Autrement dit: aveugles et sourds", rappelle Géraldine Berger-Stenger, avocate des proches de Michel Saada, qui pointe les "nombreuses frustrations" nées du procès.

Au centre des critiques: l'attitude d'Ali Riza Polat, seul des 11 accusés présents à risquer la réclusion criminelle à perpétuité, dont les coups d'éclat et les accès de colère ont marqué les débats depuis le début du procès le 2 septembre.

Le principal accusé à nouveau examiné à l'hôpital

Ali Riza Polat "représente le point pivot, le point central de ce dossier", estime Elie Korchia, avocat de deux ex-otages d'Amedy Coulibaly. "Loin d'être un bouc émissaire", il représente un "rouage essentiel de la machination criminelle et terroriste fomentée par Amedy Coulibaly".

"Ce type d'attentat s'est construit sur un terreau de haine idéologique, politique, et foncièrement antisémite", ajoute Me Korchia, jugeant impossible de croire Ali Riza Polat lorsqu'il assure n'avoir "rien vu" de la radicalisation de Coulibaly.

Dans le box face à lui, Polat s'agite. "T'es fou ou quoi!", lâche-t-il faiblement, avant de se pencher sur une bassine posée à ses pieds en grommelant des mots inaudibles.

Diagnostiqué positif au Covid-19 fin octobre, Ali Riza Polat souffre de troubles digestifs persistants, qui ont poussé la cour à suspendre le procès durant un mois, puis à nouveau quelques heures jeudi matin, l'accusé ayant subi des examens durant la nuit à l'hôpital.

"La justice, nous l'attendons"

"Ce qui ressort de l'ensemble, c'est qu'il n'y a pas de problème particulier outre ce problème de régurgitations", a souligné à la reprise de l'audience Régis de Jorna, en rappelant que l'accusé refusait de prendre le traitement anti-vomitif prescrit par son médecin.

Mercredi, les invectives de Polat avaient perturbé la reprise de l'audience, après quatre semaines de suspension. Jeudi, il s'est montré moins explosif, permettant aux avocats de parties civiles de reprendre le cours normal de leurs plaidoiries. "La vérité, on ne l'a pas eue, et on ne l'aura pas. Mais la justice, nous l'attendons", a prévenu Me Berger-Stenger.

Benjamin Rieth avec AFP Journaliste BFM Régions