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Prison ferme contre des "chasseurs" de Chinois jugés pour une série d'agressions dans le Val-de-Marne

Justice

Justice - Loïc Venance - AFP

L'enquête, qui a débuté en février 2019 après une recrudescence de vols au mode opératoire identique, a permis d'identifier une trentaine de victimes même si, selon les enquêteurs, elles doivent en réalité être plus nombreuses.

"Des faits graves" sanctionnés par "des peines sévères": trois jeunes hommes ont été condamnés ce vendredi à Créteil à des peines allant de 18 mois à six ans de prison ferme pour des agressions sur des personnes majoritairement d'origine asiatique.

Le tribunal correctionnel de Créteil (Val-de-Marne), qui a retenu la circonstance aggravante du racisme, à condamné Ilyes Z., décrit contre le leader du groupe, à la plus lourde peine, soit six ans d'emprisonnement avec maintien en détention. Un de ses comparses Marvin V. a écopé de cinq ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis, avec maintien en détention. Le troisième prévenu, Joaquim P., qui comparaissait libre, a été condamné à 36 mois, dont 18 avec sursis, mais pourra aménager sa peine.

"Nous ne sommes pas des guillotineurs", a déclaré le président du tribunal en préambule du jugement, estimant toutefois que ces peines "sévères" venaient "sanctionner des atteintes à certaines valeurs fondamentales".

A l'énonce du jugement, Marvin V. et Joachim P. sont restés impassibles, sous le choc tandis qu'Ilyès Z. n'a pas caché sa colère. En complément de leur peine, ils ont l'obligation d'indemniser leurs victimes. Le tribunal s'est ainsi éloigné des réquisitions du parquet qui avait demandé des peines allant de 5 à 8 ans ferme.

Une trentaine de victimes

Les faits se sont déroulés entre février et avril 2019 principalement dans les villes d'Ivry et Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) ainsi que dans le XIIIe arrondissement de Paris, lieux de vie de la communauté asiatique.

L'enquête, qui a débuté en février 2019 après une recrudescence de vols au mode opératoire identique, a permis d'identifier une trentaine de victimes même si, selon les enquêteurs, elles doivent en réalité être plus nombreuses.

Dans plus de la moitié des cas, aux vols de sacs à main se sont ajoutées de nombreuses violences: coups de pied, bousculades et balayettes comme l'avait rappelé la veille le président du tribunal. "Une violence gratuite" visant des "cibles sans défense", selon Me Soc Lam qui défendait six victimes.

Des vols à l'arrachée avec violences

Seule l'une d'elles a fait le déplacement au tribunal. Jeudi à la barre, aidée d'un traducteur, elle a raconté son vol à l'arrachée, tôt un matin d'avril. Et l'angoisse qui ne la quitte plus. "J'ai peur en permanence", avait-elle déclaré.

Après le jugement, elle a fait part à l'AFP de son "soulagement" après un parcours judiciaire "long et parfois compliqué". Pour son avocat, Me Lam, les "peines prononcées correspondent à la gravité des faits mais aussi aux personnalités des détenus qui n'avaient pas manifesté de regrets".

"Vous avez terrorisé des quartiers entiers !"

Parties civiles, la Licra, SOS racisme et le Mrap avaient, d'une même voix, dénoncé des actes "racistes" et "insupportables" qui ne "doivent pas rester impunis". "Vous avez terrorisé des quartiers entiers !", s'est emporté Me Mathieu Riberolles, conseil de la Licra qui avait demandé au tribunal d'envoyer "un message de fermeté".

La défense, qui avait plaidé "l'erreur de jeunesse" et insisté sur les regrets des prévenus, a dénoncé des "peines lourdes" compte tenu notamment de l'âge des prévenus. "Cette décision est un assommoir et ne tient pas compte de la relaxe partielle (sur certains faits de vols ndlr) de mon client ni de son repentir sincère", a réagi Me Pierre Deval, conseil d'Ilyès Z.

Dans sa plaidoirie, il avait demandé une peine "qui ne signe pas l'arrêt de mort social" de son client.

Présent tout au long du procès, Sun-Lay Tan, porte-parole du collectif Sécurité pour Tous du 94, qui accompagne les victimes dans leur parcours judiciaire, a salué "une décision qui permettra aux victimes de sortir du silence."

Cy.C avec AFP