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Prières de rue à Clichy en 2017: les organisateurs condamnés

Trente-quatre prières de rue ont été organisées à Clichy entre mars et décembre 2017.

Une association musulmane et son président, qui avaient organisé à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) en 2017 des prières de rue pour protester après leur expulsion du centre-ville, ont été condamnés mardi 4 septembre à des amendes et des dommages et intérêts pour organisation de manifestation sans déclaration.

L'Union des associations musulmanes de Clichy (UAMC), qui réclame un lieu de culte en centre-ville après en avoir été expulsé en mars 2017, et son président Mohand Kazed étaient poursuivis par le maire LR Rémi Muzeau devant le tribunal correctionnel de Nanterre.

L'UAMC avait organisé une série de prières de rue tous les vendredis de mars à décembre 2017 en signe de protestation.

500 euros d'amende par prière de rue

Au total, a rappelé la présidente, 34 prières avaient eu lieu, bloquant partiellement la circulation sur un boulevard et entraînant diverses perturbations de l'ordre public, selon la mairie. L'association a argué avoir fait une déclaration préalable en préfecture pour que ces manifestations soient autorisées, mais son avocat, Me Arié Alimi, a reconnu qu'elle n'avait pas été faite dans les temps.

Le tribunal a reconnu l'association et son président coupables et condamné la première à 5.000 euros d'amende, le second à la même amende avec sursis. Les prévenus sont en outre condamnés solidairement, à verser à la ville 17.000 euros de dommages et intérêts (500 euros par prière de rue) pour le préjudice subi.

Le maire, interrogé par l'AFP, a estimé le jugement rendu "tout à fait logique" et précisé vouloir remettre les sommes octroyées par le tribunal aux associations musulmanes de sa commune.

L'"incitation à la haine" finalement pas jugée

Me Arié Alimi, qui plaidait la relaxe, a indiqué son intention de faire appel. Il avait auparavant soulevé, en vain, l'incompétence du tribunal, estimant que c'était la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905 et non le droit commun qui s'appliquait dans cette affaire, celle-ci devant par conséquent être jugée selon lui devant un tribunal de police.

La tension entre la mairie et l'association avait connu son paroxysme le 10 novembre 2017, le maire ayant organisé une manifestation d'élus très médiatisée. Ceux-ci avaient interrompu dans une bousculade la prière des fidèles.

Le même jour, Rémi Muzeau avait tenu sur LCI des propos qui lui ont valu d'être poursuivi par l'association pour diffamation et provocation à la haine.

L'UAMC reprochait à l'élu d'avoir affirmé qu'un prêche en arabe tenu devant l'hôtel de ville comportait "des appels au meurtre" et qu'un tract appelant à tuer les juifs avait été distribué lors d'une prière de rue. Sans toutefois incriminer nommément l'UAMC.

Cette procédure devait initialement être jugée mardi, mais Me Arié Alimi s'est désisté dans ce dossier pour des motifs procéduraux, confirmant à l'audience avoir lancé une nouvelle procédure. Mais "vous ne pouvez plus poursuivre pour les mêmes faits", a prévenu le représentant du ministère public Lionel Bounan.

"La fermeté paye"

"Le maire a été blanchi, il n'est pas poursuivi, c'est un succès à 100%", s'est félicité son avocat Rémi-Pierre Drai. "La fermeté paye, le respect de l'ordre républicain paye et cela a été rappelé grâce à Rémi Muzeau", a-t-il ajouté.

L'édile a inauguré en 2016 une mosquée en périphérie de la ville. Mais l'UAMC n'a jamais voulu s'y installer, la jugeant excentrée, exiguë et pas aux normes de sécurité.

M. F. avec BFM Paris et AFP