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"Paye ta robe": les avocates dénoncent le sexisme dans les palais de justice

Une manifestation d'avocats (image d'illustration)

Une manifestation d'avocats (image d'illustration) - Jean Ayissi - AFP

Le Tumblr Paye ta robe dénonce le sexisme dans le monde de la justice. A l'origine de l'initiative: deux jeunes avocates qui ont voulu susciter une prise de conscience face à un phénomène qu'elles jugent général et quotidien.

"Ma collaboratrice c'est comme un homme". Mais aussi: "Elle a gagné parce qu'elle a séduit le juge." Ou encore: "Ne vous inquiétez pas, ici vous n'aurez pas besoin de passer sous la table pour être associée". Deux avocates ont créé début octobre le Tumblr Paye ta robe sur lequel elles publient les réflexions sexistes entendues dans les cabinets et tribunaux. En quelques semaines, de nombreuses femmes ont apporté leurs contributions. Édifiantes.

"Bébé avocat", "douce enfant"

Les exemples sont légion. "Un 'Mademoiselle' par un Magistrat alors que je suis en robe au palais", rapporte une avocate. "Les confrères qui appellent leurs consœurs plus jeunes 'bébé avocat'", témoigne une autre. "Douce enfant", se fait également apostropher une avocate par un confrère. "Conseil de l'ordre saisi par les associés du cabinet suite à l'annonce de ma grossesse pour 'défaut de loyauté'", signale une autre.

"La profession se féminise, je suis le coq au milieu des poules", raconte encore une avocate sur le Tumblr, évoquant les propos tenus par un homme alors qu'il se trouvait entouré exclusivement de consœurs en attendant le début d'une audience.

"Pas simplement des anecdotes personnelles"

Les deux collaboratrices âgées d'une trentaine d'années préfèrent garder l'anonymat pour s'assurer davantage de liberté de parole.

"On en a eu assez, témoigne pour BFMTV.com Emmanuelle, l'une des deux avocates à l'origine du projet. On s'est rendu compte qu'on entendait ce type de propos quotidiennement. Et on s'est dit que si l'on faisait une collection et qu'on agglomérait tous ces propos, cela montrerait que le système est généralisé et qu'il ne s'agit pas simplement d'anecdotes personnelles."

Les femmes gagnent moins que les hommes

Après Chair collaboratrice qui dénonce le sexisme dans le monde politique, ce microblog -qui s'inspire de son aîné Paye ta schnek sur le harcèlement de rue- a déjà recueilli une dizaines de témoignages par jour. Marie, la seconde avocate qui a créé le blog, dénonce pour BFMTV les effets pervers de ce type de comportements.

"On baigne dans ce sexisme dès la formation, en expertise, en audience ou au cabinet. On a l'impression que c'est une fatalité. Le problème c'est que tous ces comportements peuvent avoir des conséquences graves en terme d'inégalités professionnelles. Si plus de la moitié des avocats sont des avocates au barreau de Paris, seules 20 à 30% sont associées. Elles gagnent moins et nombre d'entre elles quittent la profession dans leurs premières années de carrière, souvent lors d'une grossesse."

Une prise de conscience

Les deux avocates estiment que si la profession s'est féminisée, elle fonctionne toujours selon des codes anciens, paternalistes et condescendants. Mais cette initiative pourrait susciter une réelle prise de conscience.

"On en parlait surtout entre femmes, précise Emmanuelle. Cela fait prendre conscience que c'est plus grave qu'une simple phrase. Nous avons reçu beaucoup de messages de remerciements pour avoir mis en lumière ce problème."

Des réactions qu'elles estiment encourageantes. "De nombreux hommes ont réagi et se sont montrés scandalisés."
Céline Hussonnois-Alaya