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"Papy Marcel", jugé pour un crime passionnel commis à 90 ans

Le bâtiment de la cour d'appel de Reims, où siègent les assises, devant lesquelles comparaît ce mercredi le plus vieux détenu de France.

Le bâtiment de la cour d'appel de Reims, où siègent les assises, devant lesquelles comparaît ce mercredi le plus vieux détenu de France. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Le plus vieux détenu de France comparaît ce mercredi devant les assises de Reims pour le meurtre d'une femme de 82 ans qui l'avait éconduit.

Mise à jour: "Papy Marcel" a été condamné à 10 ans de prison, vendredi en fin d'après-midi.

Il n'y a pas d'âge pour comparaître aux assises. Marcel Guillot, 93 ans,
doyen des détenus de France, doit répondre à partir de ce mercredi et jusqu'à vendredi à Reims du meurtre d'une octogénaire qui l'avait éconduit en 2011. Pour "meurtre sur personne vulnérable", il risque la perpétuité.

Son avocat, Jean-François Delmas, dépeint "Papy Marcel", son surnom, comme un homme "sans histoire, serviable, jamais violent". Un homme qui avait "nourri une relation passionnelle avec la victime, qui l'a froidement congédié".

Elle, "la grande bourgeoise". Lui, "le prolétaire". "Même s'ils se connaissaient depuis longtemps, cet amour-là était impossible", poursuit le conseil de "Papy Marcel".

Coups violents et strangulation

Marcel Guillot est un enfant de l'entre-deux-guerres. Il n'obtient pas le certificat d'études, devient peintre à douze ans, puis bûcheron dans les Vosges. La guerre survient, il prend le maquis pour échapper au STO, le Service du travail obligatoire, en Allemagne. Après-guerre, on le retrouve vitrier aux Chemins de fer puis agent d'entretien dans une clinique de la région parisienne, travail qu'il effectuera jusqu'à sa retraite.

Veuf depuis 2004, il est le père de deux enfants dont l'un est en dépression sévère depuis la révélation des faits. L'épouse de Marcel Guillot était en effet "une amie d'enfance de la victime". "Les deux couples se fréquentaient régulièrement, et partaient de temps en temps en voyage", précise Me Delmas.

Nicole El Dib, 82 ans, a été retrouvée le 7 décembre 2011 dans le ruisseau qui traverse sa propriété, un vaste corps de ferme juché au milieu d'un grand parc en bordure du village de Saint-Gilles, dans la Marne. Son corps présentait de nombreuses traces de coups violents et de strangulation.

"Un certain béguin"

C'est après cinq mois d'enquête et plus d'une centaine d'auditions que les gendarmes ont interpellé l'accusé dans un camping de l'Ile d'Oléron, où le nonagénaire passait habituellement ses vacances. Marcel Guillot a été confondu par l'analyse ADN de traces de sang retrouvées sur sa montre, abandonnée sur la scène de crime.

Entendu, le vieil homme a reconnu une partie des faits, expliquant qu'il avait été humilié par la victime, pour qui il avait "un certain béguin". Il s'est alors rendu chez elle de nuit pour lui infliger une correction, "ruminant une sorte de vengeance".

Quelques mois auparavant, Nicole El Dib s'était retrouvée seule dans sa propriété à la suite de l'hospitalisation de son mari, aujourd'hui décédé. Elle y avait alors convié Marcel Guillot, le temps d'engager un gardien. Après un séjour d'environ trois semaines, elle l'aurait alors congédié sans ménagement avant de lui confirmer ultérieurement sa décision de ne plus jamais le revoir.

M. T. avec AFP