BFMTV
Police-Justice

"On ne lâchera rien": vers de nouvelles poursuites contre des pompiers dans l'affaire Julie?

Corinne Leriche lors d'une manifestation de soutien à sa fille, le 18 novembre 2020.

Corinne Leriche lors d'une manifestation de soutien à sa fille, le 18 novembre 2020. - THOMAS SAMSON

INFO BFMTV.com - La chambre de l'instruction de la cour d'Appel de Versailles examine ce mardi la possibilité de poursuivre des pompiers pour "corruption de mineurs". La jeune femme qui les accuse tente également de relancer les poursuites pour viol.

Après de nombreuses désillusions sur le plan judiciaire, Julie* et sa mère "retournent dans l'arène" ce mardi. La chambre de l'instruction de la cour d'Appel de Versailles doit examiner l'opportunité de poursuivre six pompiers pour "corruption de mineur" dans ce dossier qui dénonçait initialement les viols de 20 hommes que Julie dit avoir subis entre ses 13 ans et ses 15 ans.

"Un certain nombre de pompiers ont reconnu avoir fait des propositions de nature sexuelle à Julie sur les réseaux sociaux. C'est contre eux que les juges vont se demander s'il y a lieu de poursuivre ou pas", explique la mère de Julie, Corinne Leriche, à BFMTV.com.

Cette demande, formulée par la plaignante, a été validée par la cour de Cassation au mois de mars dernier. La plus haute juridiction judiciaire a estimé que les juges n’avaient pas recherché "si les personnes incriminées avaient connaissance de ce que la victime était mineure, ce qui suffirait au regard de la loi à caractériser ce délit". Cette infraction va donc être réexaminée ce mardi et d'autres pompiers pourraient éventuellement être poursuivis à ce titre.

Les magistrats doivent également étudier si la période des "atteintes sexuelles" présumées du principal mis en cause est plus longue que celle qui a été, pour l'heure, définie par l'enquête.

Déceptions

Une maigre consolation pour la jeune femme, qui visait initialement 20 pompiers. Au début de l'affaire, trois d'entre eux ont bien été mis en examen pour un "viol et agression sexuelle sur mineure de 15 ans en réunion" commis en novembre 2009. Mais en juillet 2019, le juge a finalement requalifié les faits en "atteintes sexuelles, sans violence, contrainte, menace ni surprise sur mineure de quinze ans par plusieurs personnes". Julie a fait appel puis formé un pourvoi contre cette décision, mais en vain: les juges ont confirmé la qualification délictuelle des faits dénoncés.

"Dans ce dossier, la plaignante a fait de la requalification en viol un objectif ultime mais la cour de Cassation n'a pas suivi cette thèse et a soutenu le travail de la chambre de l'instruction. C'est une décision précise en droit et qui rend compte de la réalité de la qualification pénale", avait réagi à l'époque Me Guillaume Valdelièvre, contacté par nos soins.

Sur ce point, Julie ne s'avoue pas vaincue et, accompagnée de ses avocates Mes Marjolaine Vignola et Lorraine Questiaux, elle a déposé dans le courant de l'été une plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme afin de dénoncer le traitement réservé à son dossier par la justice française.

"Dans ce dossier, tout est intolérable. Il y a un enchaînement de défaillances au niveau de l'enquête, des médecins qui ont suivi Julie et de l'institution judiciaire qui est ahurissant", s'agace Me Questiaux, que nous avons contactée.

Début octobre, Julie a également déposé une nouvelle plainte pour viol contre les 17 pompiers qui ont été écartés des poursuites. "Ils avaient pourtant reconnu avoir eu des relations sexuelles, mais en affirmant qu'elles étaient consenties, et les juges ne sont pas allés chercher plus loin. Ils ne l'ont pas pris en compte, c'est incompréhensible", tance Lorraine Questiaux, qui estime que cette enquête "révèle l'impunité réservée aux hommes qui jouissent d'une bonne image dans la société".

"On ne peut pas accepter qu'ils s'en sortent sans rien", insiste Corinne Leriche. "On ne lâche rien. Ce n'est pas dans mon ADN de me battre comme ça mais on n'abandonnera pas tant qu'on n'aura pas obtenu justice. Julie non plus ne lâche pas le morceau, même si elle a des hauts et des bas depuis ces onze années de bataille", assure Corinne Leriche.

*Le prénom a été modifié à la demande de la mère de la victime

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV