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Neuilly: retour aux assises pour le mystère de la veuve pendue dans sa péniche

Henri Leclaire.

Henri Leclaire. - AFP

Le procès pour l'affaire de la richissime veuve retrouvée pendue dans sa péniche s'ouvre à nouveau, ce lundi, aux assises de Versailles.

Elle était veuve, riche, avait reçu un héritage de 14 millions d’euros. Et elle avait été retrouvée pendue dans sa luxueuse péniche, il y a 10 ans, avec un dalmatien pour seul témoin. C’est toute la complexité du procès qui s’ouvre à nouveau ce lundi. Il va falloir trancher: suicide ou crime habilement maquillé? En mars 2014, la cour d’assises des Hauts-de-Seine avait jugé que la veuve s’était pendue.

Les deux confidents de la femme avaient été suspectés d’avoir orchestré son meurtre déguisé en suicide, avant d'être finalement acquittés, mais le parquet avait fait appel de cette décision. Ce lundi, tous deux comparaîssent libres à Versailles, pour ce procès en appel qui doit durer trois semaines.

Retrouvée pendue à une corde de marin accroché à l'escalier

Les faits remontent à dix ans. Le 1er décembre 2005, Dominique Aubry, veuve d'un célèbre marchand d'art, est retrouvée pendue à une corde de marin accrochée à l'escalier intérieur de sa péniche, amarrée à Neuilly-sur-Seine. Dans le salon, des boîtes de médicaments vides et une bouteille de vodka.

A 57 ans, celle que ses intimes appelaient "Libé", pour "Libellule", était dépressive depuis la mort de son mari Jean, emporté au début de la même année par une crise cardiaque, dans l'avion qui les ramenait de l'île Maurice. Son chagrin noyé dans des cocktails d'alcool et de médicaments, elle avait même tenté d'en finir en juillet.

Le soir du 30 novembre 2005, "Libé" reçoit dans sa luxueuse péniche deux amis proches, Franck Renard Payen, âgé aujourd'hui 46 ans, rencontré dans les années quatre-vingt "Chez Régine", célèbre club parisien, et Olivier Eustache, 44 ans, connu quelques mois plus tôt au Club Med. Elle boit beaucoup. Les deux hommes assurent l'avoir quittée "bien cuite" vers 21h30. C'est Franck Renard Payen, venu déjeuner le lendemain, qui trouve son cadavre.

Sa sœur voulait le déshériter

La justice a longtemps hésité dans cette mystérieuse affaire, d'abord classée sans suite puis relancée par une plainte du frère de la défunte. Il y a eu la mise en examen des deux hommes au casier jusqu'alors vierge, le revirement en 2011 avec un non-lieu, l'appel du parquet et enfin, en 2012, le renvoi aux assises.

Le frère de Dominique Aubry, Frédéric Fontaine, est convaincu que la veuve, déjà peu manuelle d'ordinaire, n'était "pas dans la capacité" de se pendre ce soir-là en raison de l'alcool et des médicaments ingérés.

En conflit avec sa sœur qui voulait le déshériter, il soutient, tout comme l'accusation, que les deux amis, endettés, l'ont assassinée pour capter sa fortune estimée à 14 millions d'euros. De fait, deux mois avant son décès, la défunte avait désigné Franck Renard Payen, son "fils spirituel", comme son légataire universel.

Les experts avaient privilégié la thèse du suicide

Elle était aussi ce jour-là accompagnée par Olivier Eustache, chez le notaire. Franck Renard Payen était également le bénéficiaire d'une assurance-vie de 900.000 euros contractée depuis peu par la veuve. Au cours des trois semaines de débats, la cour devra à nouveau se pencher sur la personnalité des accusés, leur emploi du temps, ou encore sur ces traces ADN identifiées sur la corde.

Lors du premier procès, la majorité des experts avaient privilégié la thèse du suicide. Franck Renard Payen et Olivier Eustache encourent, à nouveau, la réclusion criminelle à perpétuité. Leur procès doit durer jusqu'au 23 octobre.

C.H.