BFMTV

Neuf ans de prison requis contre la jihadiste Inès Madani

Neuf ans de prison requis contre la jihadiste Inès Madani.

Neuf ans de prison requis contre la jihadiste Inès Madani. - BENOIT PEYRUCQ - AFP

Il était reproché à Inès Madani d'avoir animé des groupes sur la messagerie cryptée Telegram dans lesquels elle a incité des hommes comme des femmes à partir en Syrie et à commettre des attentats en France.

Six mois avant d'être jugée pour l'attentat raté de Notre-Dame en 2016, Inès Madani a été condamnée vendredi à une peine de huit ans de prison avec une période de sûreté des deux tiers pour des faits plus anciens, qui avaient révélé son rôle de mentor auprès d'aspirants jihadistes. 

Les cheveux attachés en chignon, la jeune femme de 22 ans a accueilli ce jugement avec le sourire, après un procès de trois jours qui lui a permis d'expliquer ses agissements. Elle encourrait dix ans de prison.

"Le tribunal vous a écoutée avec attention. Cette attention et cette reconnaissance vous l'aviez recherchée", a déclaré la présidente Isabelle Prévost-Desprez.

Une peine de 9 ans d'emprisonnement assortie d'une période de sûreté des deux tiers avait été requise vendredi contre cette jeune femme devenue mentor d'apprentis jihadistes, qui sera par ailleurs jugée aux assises à l'automne pour un attentat raté en 2016 près de Notre-Dame de Paris.

Il lui est notamment reproché d'avoir animé des groupes sur la messagerie cryptée Telegram dans lesquels elle a incité des hommes comme des femmes à partir en Syrie et à commettre des attentats en France, entre mars 2015 et juin 2016.

Un pseudonyme masculin

C'est "une personnalité déroutante", avait démarré le procureur. La prévenue, jugée à Paris depuis mercredi, utilisait des pseudonymes masculins "pour renforcer sa crédibilité". Inès Madani, jeune femme à la personnalité fragile, s'est ainsi faite passer pour Abou Souleymane, un jihadiste revenu de Raqa pour réaliser des attentats en France. 

Jeudi, la prévenue a mis en avant le rôle d'Oumar Diaw, surnommé Abou Barrou, un jihadiste influent de Daesh en Syrie, pour lequel elle aurait joué le rôle d'intermédiaire. "Abou Barrou a influencé, encouragé Inès Madani. (...) Mais les actes (de la prévenue) ont perduré après la mort" du jihadiste, qui remonterait à mai 2016, a souligné le procureur. 

"La présence d'Abou Barrou ne doit pas minorer le rôle d'Inès Madani. (...) C'est elle ici la maîtresse de ce qui va se passer", a ajouté le magistrat. La prévenue a écrit deux courriers, dont l'un transmis à Cüneyt K., jugé à ses côtés pour son rôle d'"émir" d'une cellule franco-belge. 

Dans cette lettre, écrite de sa main mais signée de son double Abou Souleymane, elle exhortait à commettre un attentat contre "les kuffars (mécréants, ndlr) dégueulasses". Dans un deuxième courrier, elle listait les ingrédients nécessaires pour réaliser des explosifs. 

Un attentat raté

"Elle a la volonté d'aller au bout des projets dans lesquels elle s'investit", selon le procureur. Inès Madani est passée à l'acte en septembre 2016 : elle avait tenté d'enflammer une Peugeot 607 remplie de six bonbonnes de gaz devant la cathédrale Notre-Dame à Paris. Dans ce dossier, elle sera jugée du 23 septembre au 11 octobre aux assises.

Le procureur a requis la peine maximale, dix ans d'emprisonnement avec une période de sûreté des deux tiers, contre Cüneyt K., "émir" d'une cellule, dont il a souligné "la formidable intelligence". Après avoir été refoulé de Turquie alors qu'il voulait aller en Syrie, il avait conservé le rêve de "mourir en martyr". Il est soupçonné d'avoir voulu organiser des attentats en France et en Belgique.

Clément Boutin avec AFP