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Mort de Clément Méric: ses parents veulent savoir

Clément Méric, le jeune militant d'extrême gauche mort dans une bagarre avec des skinheads le 5 juin dernier.

Clément Méric, le jeune militant d'extrême gauche mort dans une bagarre avec des skinheads le 5 juin dernier. - -

De victime, le jeune militant antifasciste Clément Méric avait rapidement été paré du statut de "provocateur" des coups qui ont conduit à sa mort. "Le Nouvel Obs" révèle ce jeudi que la vidéosurveillance ne permet pas de tirer de telles conclusions.

"Peut-être pourrais-je même lui pardonner un jour. Ce n'est pas à lui que j'en veux le plus", explique Agnès Méric au Nouvel Obs, dans le numéro paru ce jeudi. Par ces mots, la mère de Clément Méric évoque Esteban Morillo, principal agresseur présumé de son fils, mis en examen pour "violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner".

Elle parle également des médias qui se sont, selon elle, livrés à un "étrange retournement". Le jeune militant d'extrême gauche mort après une rixe sur la voie publique qui avait mal tourné, rue Caumartin à Paris le 5 juin dernier, est selon elle passé du statut de victime à celui d'"agresseur".

Méric "agresseur", une thèse insupportable

La thèse d'un Clément Méric "agresseur" avait été relayée notamment sous la forme d'une infographie en images de synthèse, le 25 juin au 20 heures de France 2, qui lui-même tenait cette "information" de RTL. Elle a profondément choqué les parents de Clément Méric. "On montrait notre fils qui se précipitait vers Esteban Morillo pour, disait-on, lui asséner le premier coup, par-derrière", se rappelle sa mère.

Agnès et Paul-Henri Méric, deux anciens professeurs de droit de l'université de Bretagne, ne s'étaient jusqu'à maintenant jamais exprimés. Dans Le Nouvel Obs, ils expliquent avoir d'abord prévu de se constituer partie civile à la rentrée et avoir ensuite, voyant la tournure prise par les événements, changé d'avis et contacté, dès juillet, un avocat, Me Yves Baudelot. Une chose leur apparaissait alors comme certaine: ils ne reconnaissaient pas dans ce portrait dépeint par les médias, le fils qu'ils avaient connu.

Pas d'éléments probants dans la vidéo

Cette thèse de la provocation par le jeune militant s'appuie sur une vidéo provenant d'une caméra de surveillance de la RATP. Or, le lieutenant de police qui l'a décryptée et dont les observations ont été consignées dans un procès verbal, est formel: "On ne peut pas voir si des coups sont échangés, ni qui assène les premiers coups."

Plus tard dans son rapport, le fonctionnaire précise que "des coups sont échangés" et "que l'individu le plus à droite de l'image donne des coups de pied à un individu qui se jette sur lui juste après", sans pouvoir les identifier, précise Le Nouvel Obs.

Esteban Morillo, l'un des deux mis en examen (avec Samuel Dufour) dans cette affaire, avait cependant reconnu dès le 6 juin avoir frappé en premier. "Un des jeunes [Clément Méric] m'a dit: 'Bande de fiottes, vous vous cachez derrière les vigiles' (...) Il s'est avancé. J'ai eu le réflexe de lui mettre un coup de poing au visage, car je me suis senti menacé", avait-il expliqué au lendemain du meurtre. Il reste cependant impossible d'établir formellement, d'après la vidéo, une provocation de la part de Clément Méric, alors que cette thèse a largement circulé dans les médias.

Le Nouvel Obs rapporte plusieurs témoignages faisant état de provocations avant la bagarre, tant de la part tant des antifascistes (dont faisait partie la victime) que des militants d'extrême droite (dont faisait partie Esteban Morillo).

Poing américain ou pas?

Une autre question est celle de l'utilisation par l'agresseur présumé, Esteban Morillo, d'un poing américain. De son côté, l'intéressé a toujours nié. L'autopsie qui note que "l'absence de toute fracture plaide pour cette version des faits".

Des témoins, notamment des employés du magasin de ventes privées d'où sortaient les jeunes gens, assurent pourtant avoir vu une pièce de métal sur les phalanges d'Esteban Morillo. L'infirmière du Smur qui avait pris en charge la victime assure de son côté que ces blessures au visage n'auraient pas pu être "occasionnées par un simple coup de poing à main nue".

L'autopsie a également révélé que le jeune militant était probablement déjà en état de mort cérébrale avant que sa tête ne heurte le trottoir, "à 18h43 et 31 secondes".

David Namias