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Marseille: "Certains taxis menacent de jeter les voitures Uber à la flotte"

Les taxis ont manifesté leur colère à Marseille lundi contre l'arrivée d'UberPop.

Les taxis ont manifesté leur colère à Marseille lundi contre l'arrivée d'UberPop. - Nicolas Tucat - AFP

Plusieurs vidéos filmées par des chauffeurs de taxis circulent sur les réseaux sociaux. On les voit s'en prendre aux UberPop qu'ils repèrent dans la ville.

"A la chasse": ce sont les termes postés par Alain, chauffeur de taxi marseillais, au-dessus d'une vidéo où on le voit piéger un chauffeur UberPop avec ses amis. Tous quatre se sont fait passer lundi dernier pour des touristes en goguette, et ont commandé un véhicule avec ce service, arrivé en début de semaine à Marseille. Une fois installés, ils l'ont mené jusqu'à...la préfecture de police, où ils l'ont "livré" à un agent. L'homme risque, selon la loi, jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende.

Délation? Contacté par BFMTV.com, Alain ne regrette rien. "Ca reste bon enfant. Je ne lui souhaite pas d'aller en prison, mais il a joué, et il a perdu. On défend notre bifteck. Le but de ces vidéos est d'encourager les collègues taxis à faire de même dans leurs villes, pour décourager les UberPop."

"Collaboration" avec la police

Rachid Boudjema, secrétaire général des syndicats de taxis marseillais, ne condamne pas non plus ces actions. "Ce sont des opérations de collaboration avec la police", explique-t-il à BFMTV.com, rappelant "l'illégalité" de l'activité.

La vidéo d'Alain est loin d'être la plus marquante: lundi, un autre chauffeur de taxi a diffusé des images sur Facebook, visionnées près de 300.000 fois, où l'on voit un homme forcé de descendre de son véhicule, et encerclé par une foule de chauffeurs de taxis dans une rue de la cité phocéenne. La discussion est animée, les pneus du véhicule sont dégonflés. Jusqu'au moment où un chauffeur de taxi écrase un oeuf sur le crâne du conducteur UberPop.

"On s'en prendra aux véhicules"

"Ca, c'était bête de faire ça. Ok, le conducteur a dû avoir peur quand il s'est retrouvé au milieu de la foule, mais à part l'oeuf, il n'a pas été bousculé, et ça aurait dû rester comme ça", commente Alain. Dans la vidéo, on entend d'ailleurs le lanceur d'oeuf se faire récriminer par certains collègues taxis. Rachid Boudjema trouve lui aussi ce geste "regrettable", mais refuse de le "condamner". "Qui sait comment on réagirait à la place de ces taxis à qui on annonce que leur salaire va être divisé par deux à cause d'Uber?"

Alain promet d'ailleurs, comme d'autres sur Facebook, de "continuer et de passer un cran au-dessus si les Uber s'enracinent à Marseille". "Dès lundi, certains parmi les chauffeurs de taxi menaçaient de jeter les voitures UberPop à la flotte, dans le port, ou d'y mettre le feu. Il nous faut une image forte pour marquer les esprits. On n'ira pas à la violence physique sur les conducteurs, qui sont eux aussi victimes du système finalement, mais on s'en prendra aux véhicules", promet Alain, que l'éventualité d'une garde à vue n'effraie pas, "parce que la cause est juste", plaide-t-il.

"Quel pays laisse des voyous intimider les citoyens?"

Du côté d'Uber, on ne décolère pas. "Je suis scandalisé", indique à BFMTV.com Alexandre Molla, directeur général chargé de l'expansion à Uber France. "Quel pays laisse des voyous intimider, insulter, et violenter des citoyens en dégradant leur véhicule personnel? Ils desservent leur profession." Lui promet que des plaintes vont être "bientôt déposées".

Lundi prochain, les fédérations de taxi ont prévu de se réunir. "Nous allons demander au Premier ministre de suspendre l'application Uber, en attendant les prochaines décisions de justice. Nous sommes déterminés à faire appliquer la loi", indique Rachid Boudjema. A quel prix?