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Marseille: ce que l'on sait de l'incendie dans un immeuble qui a fait trois morts et plusieurs blessés graves

L'immeuble, en partie squatté par des migrants de la communauté nigériane, est situé dans les quartiers Nord de Marseille. L'enquête s'oriente vers la piste criminelle, sur fond de tensions entre squatteurs et trafiquants de drogue.

Un violent incendie s'est déclaré ce samedi matin dans un bâtiment de la cité des "Flamants" à Marseille (14e), dans les quartiers Nord de la ville. Trois personnes sont mortes, et plusieurs gravement blessées, dont un enfant.

• Cinq personnes défenestrées

Le feu s'est déclaré peu après 5 heures du matin samedi, et s'est rapidement propagé à l'ensemble des étages par les gaines techniques, dans ce bloc d'immeuble largement squatté par des migrants nigérians, et où il ne restait qu'un locataire.

Pour échapper aux flammes, cinq personnes se sont défenestrées. Parmi elles, trois hommes de 20 à 30 ans de nationnalité nigériane sont morts. Les deux autres sont encore en urgence absolue et un enfant de deux à trois ans est gravement brûlé, selon un bilan actualisé par le parquet samedi en fin d'après-midi.

Les marins-pompiers, prévenus à 5h23, sont arrivés six minutes plus tard, mais les victimes auraient "totalement paniqué" en voyant que la cage d'escalier était hors d'usage, d'après Dominique Laurens, procureure de Marseille, lors d'un point presse.

En outre, neuf autres personnes ont été plus légèrement blessées.

• La piste "criminelle" privilégiée

L'enquête s'est rapidement orientée vers la piste "criminelle", d'après la procureure de Marseille. "Nous avons au moins l'existence de deux départs de feu, l'un au sixième étage, l'autre dans la cage d'escalier. Ce qui nous fait partir sur une piste criminelle", a-t-elle détaillé.

• Un "point de deal notoire"

"Il y a un point de deal (de drogue) notoire ici et il y a des tensions entre les habitants et les trafiquants", a expliqué à l'Agence France-Presse la préfète de police, Frédérique Camilleri, présente sur les lieux dans la matinée.

Dans la cage d'escalier du bâtiment, les tarifs des stupéfiants sont inscrits sur les murs, a raconté Dominique Laurens, reconnaissant que la situation sur place est "extrêmement tendue". Elle a lancé un double appel: au calme et à témoins.

De son côté, la communauté nigériane est très remontée contre les trafiquants qu'elle accuse d'être à l'origine du drame. "C'est une rumeur, maintenant il faut l'objectiver par des témoignages", a insisté la procureure.

• 91 personnes mise à l'abri

La ville de Marseille s'est occupée de mettre à l'abri femmes et enfants en priorité face à un drame qualifié de "terrible" par le maire Benoît Payan.

Ce samedi soir, "91 personnes dont 28 femmes et 27 enfants ont été conduites par les services municipaux dans deux gymnases pour une mise à l'abri d'urgence", a précisé la mairie qui a appelé l'État "à proposer un hébergement digne à toutes les personnes sinistrées".

Peu de temps après l'incident, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a adressé ses "condoléances aux familles des victimes décédées dans l’incendie".

• Un immeuble qui aurait dû être détruit

"Les Flamants", résidence construite en 1972, est propriété de 13 Habitat, qui se présente comme le premier office HLM de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Le bâtiment devait être détruit et des moyens légaux avaient été engagés pour déloger les squatteurs, a indiqué le président d'Habitat 13, Lionel Royer-Perreault précisant que l'ensemble ne faisait l'objet d'aucun arrêté de péril.

"Nous pointons du doigt la situation à laquelle nous sommes confrontés à Marseille sur un certain nombre de grande cités qui connaissent de nombreux points de squats avec notamment des fillières mafieuses qui exploitent cette misère humaine", a-t-il détaillé au micro de BFM Marseille.

"J'interpelle à la fois l'État, la préfecture, la Ville, les bailleurs pour qu'ils puissent nous accompagner dans ces situations", a ajouté Marion Bareille, maire des 13e et 14e arrondissements sur notre antenne.

Au moment de l'incendie, il restait au total 14 locataires légaux dans l'immeuble et un seul dans la partie incendiée.

"La situation invivable des squats connus dans les logements depuis de nombreux mois et années génère (...) une dangerosité et des risques importants pour les habitants et les occupants", a estimé Samia Ghali, adjointe du maire de Marseille pour l'Égalité des territoires.

• Une enquête ouverte

Une enquête a été ouverte des chefs de destruction, dégradation de biens par incendie ayant entraîné la mort, des mutilations ou infirmités. Elle a été confiée à la police judiciaire.

Fanny Rocher avec AFP