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Manifestation des soignants: polémique autour de l'interpellation musclée d'une infirmière

Mardi, les soignants manifestaient dans toute la France pour demander une revalorisation de leur salaire et de meilleures conditions de travail. A Paris, les CRS sont intervenus de manière musclée pour interpeller une infirmière.

Mardi, de nombreux cortèges se sont ébranlés dans plusieurs villes afin d'exiger l'amélioration des conditions de travail et salariales des personnels des hôpitaux comme des Ehpad, en première ligne lors de la longue crise sanitaire dont le pays se remet à peine. Des images, tournées lors de la fin du défilé parisien devant les Invalides en fin d'après-midi, ont frappé les internautes et les téléspectateurs, paraissant l'illustration d'une violence exercée par des forces de l'ordre à l'égard des soignants.

On y voit une infirmière être brutalement interpellée en étant notamment tirée par les cheveux, et intégrant ainsi le peloton des 32 personnes arrêtées dans la capitale au cours de la manifestation. Un examen de la séquence plus longue nuance toutefois ce tableau. 

"Je suis infirmière et je fais de l'asthme" 

Cette infirmière de 50 ans, en poste à Villejuif dans le Val-de-Marne, a d'abord été filmée sur l'esplanade des Invalides en train de jeter divers projectiles en direction des CRS, joignant à son geste insultes et doigts d'honneur. C'est alors que les forces de l'ordre s'emparent d'elle de manière très musclée - la soignante sortira d'ailleurs de cette intervention le visage en sang - et plusieurs CRS l'entourent.

Un dialogue tendu s'engage. "Je suis infirmière et je fais de l’asthme", dit la quinquagénaire. "Je veux ma ventoline, s’il vous plaît!" répète-t-elle. "Il fallait réfléchir avant", répond d'abord rudement un des agents.

Cependant, lors de son évacuation, l'un des hommes de l'escouade répond à sa supplique: "On va vous la donner madame, c’est juste à côté, on vous dégage des gaz!" Arrêtée pour outrage, rébellion et violence sur personne dépositaire de la force publique, l'infirmière a été placée en garde à vue. L'un des policiers atteints par les projectiles qu'elle avait lancés a annoncé son intention de porter plainte. 

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"Cette femme, c'est ma mère"

Sur Twitter, sa fille a publié: "Cette femme, c'est ma mère. 50 ans, infirmière, elle a bossé pendant 3 mois entre 12 et 14 heures par jour. A eu le Covid. Aujourd'hui, elle manifestait pour qu'on revalorise son salaire, qu'on reconnaisse son travail. Elle est asthmatique. Elle avait sa blouse. Elle fait 1m55."

Une trentaine de personnes en soutien 

Une trentaine de personnes se sont alors rendues dans la soirée devant le commissariat du 7e arrondissement où la femme interpellée avait été transportée afin de la soutenir.

Lucien, un ami de la famille, a témoigné: "Elle a travaillé pendant trois mois pour aider les gens qui subissaient le Covid, elle l’a elle-même eu. Et aujourd’hui, elle est interpellée pendant une manifestation où elle demande de sauver l’hôpital public. Moi, ça me crève le cœur."

Benjamin Amar, porte-parole de la CGT du Val-de-Marne, a également dit son mot: "Elle reconnaît avoir jeté des pierres sur la police. Elle en est navrée, donc nous on est là pour dire: ‘Un petit peu d’indulgence’. Une infirmière de 50 ans si à un moment donné, la colère l’envahit comme ça, il faut qu’on se pose les bonnes questions."

Robin Verner