BFMTV

"Mamie Jihad": 10 ans de prison pour une mère partie "par amour" en Syrie

Croquis de presse du procès de "Mamie Jihad".

Croquis de presse du procès de "Mamie Jihad". - Capture BFMTV

Christine Rivière, mère de famille de 51 ans, est jugée après avoir effectué trois séjours en Syrie aux côtés de son fils jihadiste. Elle a été condamnée vendredi à 10 ans de prison.

C'est une petite femme au col roulé rouge, au chignon serré, qui s'est tenue droite tout au long de l'audience dans le box des prévenus et qui a maintenu ses positions. Surnommée "Mamie Jihad", Christine Rivière a été condamnée à 10 ans de prison pour avoir réalisé trois séjours en Syrie, entre juillet 2013 et mai 2014, aux côtés de son fils jihadiste, l'un des premiers Français à s'être rendu dans cette région. Lui a été arrêté en 2015 en Turquie et a été extradé vers la France.

Aujourd'hui, Christine Rivière a 51 ans, ce qui fait d'elle la "revenante" la plus âgée. Convertie à l'islam en 2012 par son fils, Tyler, c'est ce dernier qu'elle assure avoir voulu protéger quand elle est partie en Syrie. "Je voulais profiter de lui jusqu’au bout, jusqu’à sa mort", confie-t-elle devant le tribunal correctionnel de Paris. Il aurait gagné "une place au paradis, proche d'Allah", et une mère aimante ne "s'oppose pas" à la volonté de son fils. Surtout, un enfant atteint de la maladie de Crohn qui lui a été enlevé, pendant presque un an, par son ancien compagnon quand il était tout jeune.

Photo armée

Cet amour maternel tout puissant ne réussit pas à convaincre la cour quand la présidente du tribunal, Isabelle Prevost-Deprez, égrène les faits. Elle parle des photos où Christine Rivière pose munie d'une kalashnikov, du sniper de Daesh qu'elle épouse en troisièmes noces ou des clichés de décapitation, de crucifixion sur son compte Facebook.

Elle ne sait que répondre. "Sûrement pour montrer la réalité de ce qui se fait là-bas", souffle-t-elle. Le tribunal veut son avis sur les attentats. "Si on se situe en France c'est des attentats, si on se situe en Syrie, c'est du combat". "Même quand on tue des civils? des prisonniers?", demande alors la présidente. "C'est la guerre, hein".

Après un court silence, Christine Rivière ajoute: "Mais je ne suis pas pour la guerre, moi".

"Ce n'est pas une terroriste"

C'est bien cet amour maternel que la défense veut mettre en avant, notamment avec la présence de son second fils qui décrit l'humanité de sa mère. "Ma mère, c’est pas ce qu’on croit", scande Leroy Rivière. "Ce n’est pas une terroriste, ce n’est pas 'Mamie Jihad'. C’est une femme, une mère de famille, elle aime ses enfants. Par amour et par inquiétude, elle l’a suivi."

Pour lui, Christine Rivière a été embrigadée. "Elle ne pensait pas du tout à faire la guerre en France comme ça a pu être dit, elle n'a jamais cautionné ça", souffle Leroy, qui l'a accueillie à son domicile lors de ses allers-retours avec la France.

Avant de trancher: "Elle était dans un délire. C’est une secte de toute façon. Une secte est une secte. Il suffit qu’ils jouent avec les faiblesses des gens, et tu te lances dedans".

Christine Rivière était poursuivie pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes terroristes devant le tribunal correctionnel de Paris.

Justine Chevalier avec Cécile Ollivier et AFP