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Logiciel espion Pegasus: deux journalistes de Mediapart espionnés, une plainte déposée

Edwy Plenel, le cofondateur de Mediapart, le 14 février 2020 à Lisbonne (Portugal).

Edwy Plenel, le cofondateur de Mediapart, le 14 février 2020 à Lisbonne (Portugal). - PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Les numéros des journalistes Lénaïg Bredoux et d'Edwy Plenel ont tous les deux été espionnés par le logiciel israélien Pegasus pour le compte du Maroc. Deux plaintes vont aussi être déposées par Dominique Simonnot, ancienne journaliste et au nom du Canard Enchaîné.

Le site d'information français Mediapart a annoncé ce lundi le dépôt d'une plainte à Paris, après des informations indiquant que les téléphones de deux de ses journalistes ont été espionnés par un service marocain, à l'aide du logiciel israélien Pegasus. Également espionnée, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) Dominique Simonnot, ancienne journaliste au Canard Enchaîné a également annoncé son intention de porter plainte. L'hebdomadaire satirique va en faire de même au nom de la rédaction.

"Une atteinte au métier d'informer"

"Les numéros des téléphones portables de Lénaïg Bredoux et d'Edwy Plenel (cofondateur du site) figurent parmi les dix mille que les services secrets du Maroc ont ciblés en utilisant le logiciel espion fourni par la société israélienne NSO", a confirmé Mediapart dans un article publié lundi, après la publication de ces révélations dans plusieurs médias.

"Pendant plusieurs mois, l'appareil répressif du royaume chérifien a ainsi violé l'intimité privée de deux journalistes, porté atteinte au métier d'informer et à la liberté de la presse, volé et exploité des données personnelles et professionnelles. Aucun autre téléphone d'un membre de l'équipe de Mediapart n'a été espionné", a précisé le journal en ligne.

Dans son article, le média d'investigation explique, détails à l'appui, comment cet espionnage de téléphones a coïncidé avec "la répression du journalisme indépendant au Maroc", et notamment à l'encontre du journaliste d'investigation Omar Radi. Pour Mediapart, le but était clairement de chercher à "faire taire les journalistes indépendants au Maroc, en cherchant à savoir comment nous enquêtions dans ce domaine".

"C'est un véritable scandale"

Dominique Simonnot a de son côté fait part de sa "stupéfaction" au micro de France Info:

"C'est un véritable scandale d'écouter des journalistes. Ils ont eu accès à mes contacts, à toute notre vie privée, professionnelle", s’indigne-t-elle.

À l’inverse de Mediapart, l’actuelle CGLPL ne comprend pas pourquoi elle a été visée par de telles écoutes. "Peut-être que c'est pour espionner à travers moi mes anciens confrères du Canard", soupçonne-t-elle. "Quelle bêtise j'ai pu dire, qu'est-ce que j'ai pu raconter, à quoi ils ont eu accès? C'est effrayant", a-t-elle ajouté.

D'après nos informations, le Canard Enchaîné va également déposer plainte, distincte de celle de l'ancienne journaliste.

NSO accusée de faire le jeu de régimes autoritaires

Le logiciel-espion Pegasus de la société israélienne NSO Group, s'il est introduit dans un smartphone, permet d'en récupérer les messages, les photos, les contacts et même d'écouter les appels de son propriétaire. NSO, régulièrement accusée de faire le jeu de régimes autoritaires, a toujours assuré que son logiciel servait uniquement à obtenir des renseignements contre des réseaux criminels ou terroristes.

Selon la vaste enquête publiée dans plusieurs médias, dont Le Monde, The Guardian et The Washington Post, de multiples journalistes et patrons de médias français figurent, parmi d'autres victimes, sur la liste des cibles de Pegasus, dans les rédactions du quotidien Le Monde, du Canard enchaîné, du Figaro ou encore de l'Agence France-Presse et de France Télévisions.

Le groupe NSO a, comme à chaque fois, "nié fermement les fausses accusations portées" dans l'enquête. Elle "est bourrée de suppositions erronées et de théories non corroborées, les sources ont fourni des informations qui n'ont aucune base factuelle", a-t-il écrit sur son site, en précisant envisager de porter plainte en diffamation.

Esther Paolini avec AFP Journaliste BFMTV