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Les fournisseurs de steaks hachés contaminés face à la justice

Deux anciens dirigeants de SEB, entreprise de production de steaks hachés congelés, comparaissent à partir de ce mardi pour "blessures involontaires", "mise en danger" et "tromperie". Ils sont soupçonnés d'avoir négligé les contrôles "qualité" entraînant une contamination par la bactérie E.coli qui avait rendu malade une quinzaine de personnes, dont des enfants.

Les séquelles sont irréversibles. "Une maladie rare, un accident de voiture, j'aurais pu comprendre, mais pas un simple steak haché." Priscilla a vu sa vie basculer en juin 2011 après avoir donné à manger à son fils, alors âgé de deux ans, un steak haché de la marque Country acheté chez Lidl mais produit par l'entreprise SEB. En cause: la viande était contaminée par la bactérie E.coli. Aujourd'hui, le petit garçon est handicapé à 80%, incapable de marcher ou de s'exprimer.

A partir de ce mardi, deux anciens dirigeants du fabriquant SEB, basé à Saint-Dizier en Haute-Marne, comparaissent devant le tribunal correctionnel de Douais, dans le Nord, pour, notamment, "blessures involontaires par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à trois mois", "tromperie sur une marchandise entraînant un danger pour la santé de l'homme" ou "mise en danger". Ils sont soupçonnés d'avoir négligé les contrôles sanitaires permettant une prolifération de la bactérie.

"Ce n'est pas ça qu'on attend, déplore Priscilla. Si j'avais pu retrouver mon fils comme avant, j'aurais été plus heureuse que de passer au tribunal. L'argent, comme on dit, ça ne fait pas le bonheur et ça ne rendra jamais mon fils comme il était. Quoiqu'il arrive on sera toujours malheureux."

Allègement des règles sanitaires

En juin 2011, l'Agence régionale de santé (ARS) du Nord-Pas-de-Calais est alerté de plusieurs cas d'intoxication alimentaire causée par la bactérie E.coli, qui s'établit dans le tube digestif des hommes et qui comporte un risque pathogène possiblement mortel, notamment chez les jeunes enfants. En juin 2011, Nolan est sauvé in extremis. Le petit garçon alors âgé de deux ans, et souffrant de douleurs abdominales, est pris en charge à l'hôpital. Il va faire un arrêt cardiaque et être plongé dans le coma. La bactérie a atteint son cerveau L'enfant va se réveiller mais souffrent de graves séquelles l'obligeant à prendre un traitement interminable: 9 médicaments le matin et 11 le soir.

Au cours de l'enquête, la justice a mis en évidence que la société SEB, dont le carnet de commandes était rempli entre 50 à 70% par Lidl, que le plan sanitaire avait été modifié sans respect des règles sanitaires. Au lieu de contrôler systématiquement ses steaks, issus d'un mélange de viande à la découpe et de viande de carcasses, SEB ne contrôlait plus que des lots aléatoires. Cet allègement du cahier des charges en matière sanitaire avait conduit le responsable à laisser partir dans les rayons le lot contaminé alors même que la bactérie E.coli aurait été détectée à l'intérieur par les premières analyses.

Négligence des consommateurs

Des études, plus coûteuses, auraient alors dû être réalisées ou l'entreprise aurait pu destiner ce lot à la confection de plats préparés, la bactérie disparaissant lors d'une cuisson à 65 degrés. Aujourd'hui, l'ex patron de SEB et l'ex-responsable qualité et hygiène de l'entreprise se rejettent la faute. "L'employé dit 'C'est le patron qui m'a dit de pas respecter le cahier des charges' et le patron dit qu'il n'a jamais demandé ça, on est dans une cour de récréation!", déplore Me Florence Rault, l'avocate de la famille de Nolan. UFC-Que Choisir Lille, qui s'est constitué partie civile, reproche également à Lidl de ne pas avoir été plus intransigeant.

Pour la défense, la négligence des consommateurs serait responsable de la prolifération de la bactérie E.coli alors que la chaîne du froid n'aurait pas été respectée. "Il n'y aurait pas eu de problème si effectivement ces steaks hachés surgelés n'avaient pas été décongelés avant d'être cuits et ensuite étaient cuits à coeur et qu'effectivement on arrive à des températures qui permettent de tuer les bactéries en question", estime Me Arnaud Vauthier, l'avocat de l'ancien dirigeant qui encourt jusqu'à trois ans de prison.

Justine Chevalier avec Christophe Carnino