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Le juge confie la tutelle de Vincent Lambert à sa femme

Dans l'interminable bataille judiciaire qui déchire la famille de Vincent Lambert, son épouse a marqué un point jeudi, se voyant confier la tutelle de son mari en état végétatif depuis 2008, malgré l'hostilité des parents partisans du maintien en vie coûte que coûte.

Le juge des tutelles de Reims a confié à la femme de Vincent Lambert la tutelle pour dix ans de son mari, cet ancien infirmier psychiatrique hospitalisé depuis 2008 en état végétatif et dont la famille se déchire sur son sort, selon une information communiquée ce jeudi par l'avocat du neveu du patient. 

Rachel Lambert, favorable, elle, à l'arrêt des soins, a été nommée tutrice pour une période de 120 mois. 

Vincent Lambert aura comme "subrogé-tuteur", une sorte de tuteur suppléant, l'UDAF (Union départementale des associations familiales) de la Marne.

La décision de mettre fin aux traitements appartient cependant toujours à l'équipe médicale du CHU de Reims.

Le CHU de Reims avait demandé "un référent"

C'est cette dernière, soutenue par les parents déterminés à maintenir en vie leur fils, qui avait justement saisi la justice pour réclamer des mesures de "protection globale" et "un référent qui pourrait représenter légalement" le patient.

Une initiative qui faisait suite à un coup de théâtre: le refus en juillet du nouveau médecin en charge de Vincent Lambert de statuer sur sa fin de vie, en raison de pressions extérieures nuisant "à la sérénité", notamment après des menaces d'enlèvement.

"L'hôpital manque de courage et fuit ses responsabilités", avait dénoncé François Lambert, neveu de Vincent, par la voix de son avocat.

La Cour européenne des droits de l'Homme venait pourtant de confirmer un mois plus tôt l'avis du Conseil d'Etat qui estimait que la poursuite des soins de Vincent Lambert, victime en septembre 2008 d'un accident de la route ayant provoqué des lésions cérébrales irréversibles, constituait une "obstination déraisonnable".

Sa femme "à la fois juge et partie"

Les parents de Vincent, considérant que l'état de santé de leur fils avait "évolué" positivement, et qu'il n'avait "rien à faire au CHU de Reims qui n'a qu'un projet de mort pour lui", espéraient que la désignation d'un tuteur extérieur à la famille ouvre la possibilité d'un transfert vers un autre établissement. Rachel Lambert, en revanche, s'oppose à un tel transfert.

En ce sens, sa désignation jeudi est une mauvaise nouvelle pour les parents, qui ont vivement réagi jeudi par leur avocat Jean Paillot.

"Ce n'est pas la bonne décision. Nous sommes dans un conflit familial intense où Rachel fait partie des procédures, elle n'est pas neutre bien qu'elle occupe une place légitime d'épouse. Désormais, c'est la seule à représenter son mari notamment à l'hôpital, elle est à la fois juge et partie. Imaginons qu'elle décide un transfert de Vincent en Belgique et demande une euthanasie... Nous étions d'accord pour la nomination d'un tuteur, mais pas pour que ce soit Rachel", a-t-il déclaré à l'AFP, n'excluant pas de faire appel.

Le magistrat rémois a motivé la désignation d'une tutelle par "l'état de santé" de Vincent Lambert, dont "l'altération" des "facultés personnelles n'apparaît manifestement pas susceptible de connaître une amélioration selon les données acquises de la science", dans un jugement que l'AFP a pu consulter.

"Cette décision restaure la place de l'épouse"

François Lambert, neveu de Vincent, convaincu que son oncle ne souhaitait pas subir d'acharnement thérapeutique, a salué ce jugement comme "une bonne nouvelle".

"C'est un signe qu'aucune amélioration de l'état de santé de Vincent n'est possible, et que ce ne sont pas les parents qui choisiront son lieu de vie", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Cette décision restaure la place de l'épouse. C'est une façon de la mettre à l'abri, notamment de pressions extérieures, sans avoir de comptes à rendre aux parents de Vincent", corrobore Me Gérard Chemla, l'avocat de François Lambert.

Rachel Lambert considérait que son mari n'avait "pas besoin d'un tuteur". Mais que, si un tuteur devait être désignée, elle était "évidemment légitime, sinon que resterait-il de notre mariage?".

A.-F. L. avec AFP