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Le coq Maurice jugé ce jeudi pour ses vocalises

Les voisins, qui habitent juste à côté de l'enclos de l'animal, se plaignent de nuisances sonores.

Les voisins, qui habitent juste à côté de l'enclos de l'animal, se plaignent de nuisances sonores. - Fernando de Sousa / Wikimedia / CC

Ses vocalises ont suscité l'ire des voisins. Un coq est au cœur d'un litige qui doit se solder ce jeudi devant la justice.

Il a rendez-vous avec la justice. Maurice sera jugé ce jeudi au tribunal de grande instance de Rochefort, en Charente-Maritime. Mais Maurice n'est pas un justiciable comme les autres. Car Maurice est un coq. Le gallinacé est accusé par des voisins de ses propriétaires d'être à l'origine de nuisances sonores.

"Ils ont peur qu'on leur prenne leur coq"

Ces derniers, qui résident à Saint-Pierre-d'Oléron, se disent fatigués de cette querelle de voisinage qui dure depuis deux ans. Mais ils sont surtout "angoissés". "Ils ont peur qu'on leur prenne leur coq", assure à BFMTV.com Julien Papineau, leur avocat.

"Ce coq chante, bien sûr, mais de manière aléatoire et principalement le matin, précise-t-il. Il a même arrêté pendant un temps. Mais pour que les juges tranchent et estiment qu'il y a bel et bien un trouble anormal du voisinage, il faut le prouver et prouver que ce trouble est excessif et se produit dans un lieu où des animaux ne se trouvent pas habituellement."

Les bruits de la campagne au "patrimoine national"

Ce qu'il nie. Ce n'est pas le point de vue des plaignants qui, de leur côté, "réclament la paix et la tranquillité", selon Vincent Huberdeau, leur avocat.

Maurice est peu à peu devenu une figure locale et s'est fait de nombreux alliés. Dont le maire de la commune, qui a pris un arrêté pour protéger "les modes de vie liés à la campagne, notamment pour ce qui concerne la présence des animaux de la ferme". Un autre, un agriculteur retraité de Gironde également élu, a décidé quant à lui de se battre pour faire classer les bruits de la campagne au "patrimoine national".

Comme le rapporte France 3, Maurice pourra, au tribunal, compter sur le soutien ses congénères. Plusieurs propriétaires de coqs annoncent en effet qu'ils viendront avec leur animal assister au procès. 

Un âne condamné à mort

Ce n'est pas la première fois qu'un animal est au cœur d'une affaire judiciaire. En 2008, en Macédoine, un ours a été jugé coupable de vol de miel. L'espèce étant protégée, le service des parcs nationaux a dû dédommager l'apiculteur. Quelques années plus tôt, l'histoire s'est mal finie en Turquie pour un âne dont le comportement a été jugé agressif. Ce dernier a été condamné à mort par le conseil des anciens du village.

Si la pratique est aujourd'hui exceptionnelle, jusqu'au XVIIIe siècle, il n'était pas rare que les bêtes soient poursuivies. À l'exemple de la truie de Falaise, en Normandie, procès d'animal le mieux documenté. En 1386, une truie renverse un nourrisson et le blesse grièvement au bras et au visage. Le nouveau-né ne survit pas. La truie est arrêtée.

Une truie habillée avant d'être pendue

Son procès va durer neuf jours. La bête est condamnée: elle sera traînée dans les rues de la ville, pendue et brûlée. Ce que retrace avec force détails l'historien spécialiste du moyen âge Michel Pastoureau dans une émission sur France Culture.

"Avant de la pendre, on l'a habillée avec des vêtements de femme, et le juge (...) a eu deux idées extraordinaires: d'une part il a demandé à ce qu'une grande peinture soit faite pour l'église de la Trinité de Falaise, pour garder mémoire de l'événement, ce qui a été fait, on a pu voir cette peinture jusqu'au début du XIXe siècle. Et de l'autre, il a demandé aux paysans qui vivaient alentour de venir voir l'exécution de la truie avec leurs cochons pour que ça leur fasse enseignement. Il y a l'idée que les cochons étaient capables de comprendre et se comporteraient dorénavant beaucoup mieux dans cette région pour ne pas subir le sort de la truie."

Que ses propriétaires se rassurent: Maurice ne devrait tout de même pas subir le même sort.

Céline Hussonnois-Alaya