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"La piste Lelandais est complètement possible": l'espoir des familles des disparus du fort de Tamié

Le fort de Tamié, près d'Albertville, où ont disparu Jean-Christophe Morin et Ahmed Hamadou, en 2011 et 2012.

Le fort de Tamié, près d'Albertville, où ont disparu Jean-Christophe Morin et Ahmed Hamadou, en 2011 et 2012. - JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

L'implication de Nordahl Lelandais dans les meurtres d'Arthur Noyer et de Maëlys de Araujo a fait renaître l'espoir d'obtenir une réponse pour les familles des disparus du fort de Tamié.

"C'est une piste complètement possible." Les familles de Jean-Christophe Morin et Ahmed Hamadou partagent le sentiment que Nordahl Lelandais pourrait être impliqué dans la disparition de ces deux hommes, à un an d'intervalle, à un festival de musique techno organisé au fort de Tamié, en Savoie.

Adeline Morin et Farida Hamadou ont suivi avec attention le procès de Nordahl Lelandais qui vient de s'achever ce vendredi - il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans pour le meurtre de Maëlys de Araujo et les agressions sexuelles sur deux de ses petites-cousines. La première, qui est devenue une proche de la famille de Araujo, est d'ailleurs venue y assister une journée. "J'espère qu'une fois que le procès sera passé, tout ça ne tombera pas aux oubliettes", confie la sœur de Jean-Christophe Morin à BFMTV.com.

"C'est grâce à (Maëlys), ce petit ange, qu'on a pu l'arrêter, ce serait bien qu'il dise toute la vérité. Rien que de savoir, ça enlèverait un poids", souffle Farida, la sœur d'Ahmed Hamadou.

Les deux familles attendent des réponses depuis maintenant dix ans. Jean-Christophe Morin avait 21 ans quand il a disparu en septembre 2011. Des témoins l'ont vu quitter l'enceinte du festival l'air hagard, dans un état de grande nervosité. Ahmed Hamadou, un homme de 45 ans qui percevait l'allocation adulte handicapé, se volatilise à son tour un an plus tard. Il venait, avec des amis, de se faire refuser l'accès au festival en raison d'un taux d'alcoolémie trop important.

"Le hasard est un peu gros"

Farida Hamadou a "toujours pensé qu'il s'était passé quelque chose de grave". Depuis 2012, elle vit la disparition de son frère comme une "torture". Entre les difficultés à porter plainte et les recherches jugées insuffisantes par les deux familles, les réponses se font attendre.

Jusqu'aux aveux de Nordahl Lelandais en mars 2018 au sujet du meurtre du jeune caporal Arthur Noyer et la constitution de la cellule Ariane de la gendarmerie, chargée de retracer le parcours de vie de l'ancien maître-chien de l'armée et d'étudier de potentiels liens avec des affaires non élucidées.

"Je me suis d'abord dit 'tiens, ça se passe encore en Savoie'", se souvient Adeline Morin.

Si aucune information ne filtre sur cette cellule, les médias s'interrogent sur une possible implication de Nordahl Lelandais dans la disparition des deux hommes. Et l'espoir renaît pour les familles, tant les éléments s'accumulent, selon elles, pour conforter cette piste.

"Il suffit de regarder une carte", indique Adeline Morin. "Le fort de Tamié se trouve à 40 km du domicile de Lelandais, près de là où il faisait de l'escalade, et c'est un lieu où on faisait la fête." Surtout, Adeline Morin se souvient qu'un certain Sven Lelandais, frère de "l'autre", comme elle l'appelle, l'a contactée un an après la disparition de Jean-Christophe Morin dans le cadre de son travail.

"Le hasard est un peu gros", martèle-t-elle. "Il est saisonnier et je m'occupais des saisonniers. Puis il me recontacte un an plus tard pour aider un homme, Hamadou. Nous imaginons plein d'hypothèses même si nous n'avons pas de preuves."

Sven Lelandais ne s'est jamais exprimé publiquement sur ces déclarations. COntacté, son avocat n'a pas répondu à nos sollicitations.

"Sans preuves, il n'avouera pas"

Le lien serait-il fait avec Ahmed Hamadou? Pour la famille de cet homme de 45 ans, il est désormais acquis que ce dernier, décrit comme très sociable et qui fréquentait beaucoup de monde, connaissait Nordahl Lelandais. "Notre cousin connaissait Nordal Lelandais, son frère habitait à 100 mètres d'une maison dont on a hérité et où mon frère se rendait régulièrement", énumère Farida Hamadou. "Ahmed faisait régulièrement du stop."

En octobre 2020, un crâne a été découvert - les analyses ADN ont confirmé qu'il s'agissait de celui d'Ahmed Hamadou. Les similitudes avec l'affaire Arthur Noyer sont trop flagrantes pour la famille du disparu.

"Je pense bien qu'il a eu à faire à Nordahl Lelandais", redoute Farida. "Avec lui, on est mal barré car tant qu'il n'y a pas de preuves, il n'avouera pas."

Les deux familles en appellent aujourd'hui à la justice pour investiguer dans cette direction. Pour au moins fermer la porte si Lelandais n'est pas impliqué. Pour l'heure, elles estiment que les recherches n'ont pas été suffisantes.

"S'il n'y avait pas eu ce promeneur, on n'aurait jamais retrouvé le crâne de mon frère alors qu'il a été découvert près du fort de Tamié", déplore Farida Hamadou, qui comme Adeline Morin espère être reçue prochainement par le juge d'instruction en charge du dossier de cette disparition.

"Nous n'avons plus qu'à espérer que les enquêteurs travaillent et qu'ils font des recherches", souffle avec espoir la sœur de Jean-Christophe Morin. "Cela fait trois ans que nous n'avons eu aucun retour de la justice. Peut-être qu'ils attendent la fin du procès pour le meurtre de Maëlys pour éviter de rajouter une affaire à l'afffaire."

Contacté, le parquet de Chambéry n'a pas répondu sur le déroulé des investigations concernant ces deux affaires. Mais lors de sa plaidoirie pendant le procès pour le meurtre d'Arthur Noyer puis pour le meurtre de Maëlys de Araujo, l'avocat de Nordahl Lelandais a balayé cette hypothèse. "Nordahl Lelandais n'est pas un tueur en série mais c'est un meurtrier, point final", a martelé Me Alain Jakubowicz.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV