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La justice confirme la responsabilité de Monsanto dans l'intoxication d'un agriculteur français

Le groupe Monsanto a de nouveau été jugé responsable de l'intoxication d'un agriculteur charentais, qui avait inhalé en 2004 les vapeurs d'un herbicide. Un accident qui l'avait laissé partiellement handicapé.

La cour d'appel de Lyon a confirmé le jugement qui avait reconnu la responsabilité du groupe américain Monsanto dans l'intoxication d'un agriculteur charentais, une première en France, dans un arrêt rendu jeudi.

Paul François, céréalier à Bernac, avait été intoxiqué en avril 2004 après avoir inhalé des vapeurs de Lasso, un herbicide qu'il utilisait dans sa culture du maïs et produit par le groupe américain. Ce dernier avait déjà été condamné en 2012 à indemniser l'agriculteur et avait fait appel du jugement.

"C'est un combat qui me dépasse mais ça reste mon combat! Les coups, c'est moi qui les ai pris. Je suis avant tout agriculteur", martèle cet homme de 51 ans, sans éclat de voix mais avec une moue qui révèle la ténacité et la détermination du paysan traçant son sillon.

Aujourd'hui partiellement handicapé, il souffre d'importantes séquelles depuis l'accident. Ce qui n'a pas empêché le groupe Monsanto de répéter, lors de l'audience d'appel en mai, que son produit "n'était pas dangereux" et que "les dommages invoqués n'existent pas". Sur BFMTV, l'agriculteur dénonce l'attitude de Monsanto. "Certaines firmes nous ont trahi en nous laissant des produits hautement dangereux entre les mains", regrette-t-il. "Aujourd'hui, j'ai des collègues agriculteurs reconnus maladie professionnelle qui ne sont plus de ce monde".

Le coupable: le monochlorobenzène

La vie de l'agriculteur charentais bascule le 27 avril 2004, lorsqu'il vérifie une cuve ayant contenu du Lasso - "un herbicide pour le maïs que j'utilisais depuis au moins quinze ans" - et qu'il inhale des vapeurs toxiques. Pris de malaise, il a juste le temps d'expliquer ce qui vient de se produire à son épouse avant de finir aux urgences, crachant du sang: "Tout ce qui est arrivé après, je ne m'en souviens pas".

Après cinq semaines d'arrêt, il reprend son travail mais souffre d'importants problèmes d'élocution, d'absences, de maux de tête violents. Fin novembre, il s'effondre sur le carrelage de sa maison, où ses filles le découvriront inconscient. S'ensuit une longue période d'hospitalisation durant laquelle les médecins craindront plus d'une fois pour sa vie, sans jamais faire le lien avec l'herbicide de Monsanto.

"D'examen en examen, de coma en coma, on a fini par trouver une importante défaillance au niveau cérébral. Là, ma famille a commencé à faire son enquête sur le Lasso", à ses frais, explique l'agriculteur. Il faudra attendre mai 2005 pour identifier le coupable: le monochlorobenzène, solvant répertorié comme hautement toxique et entrant à 50% dans la composition de l'herbicide.

A. G. avec AFP