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L'archevêque de Paris dénonce l'irruption de policiers armés dans une église pendant une messe

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Photo d'illustration - FRANCOIS GUILLOT / AFP

L'intervention policière dans une église parisienne a suscité la colère des autorités religieuses qui rappellent que, selon la loi, les forces de l'ordre "n'ont pas à interrompre une célébration et qu'elles doivent rester à l'extérieur si elles entendent verbaliser". Sauf dans les cas où l'ordre public serait menacé.

"L’autorité de police dans une église, c’est le curé!" Mais c’est bien aux forces de l’ordre que l'abbé Philippe de Maistre a eu affaire dimanche 19 avril dans son église de Saint-André-de-l'Europe, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Ce jour-là, le curé officiait une messe diffusée en direct sur les réseaux sociaux pour les catholiques privés de messe depuis le 17 mars, en raison des mesures de confinement.

Il était accompagné d’un servant, d’un chantre, d’un organiste, et de trois paroissiens "pour donner la réplique et faire les lectures" quand "trois policiers armés ont pénétré dans l’église", rapporte-t-il au Figaro.

Or, la police ne peut s’introduire dans un lieu de culte qu’à certaines conditions: dans un arrêt de 1913, le Conseil d’Etat a en effet précisé que "l’exercice des pouvoirs de police (...) se trouve limité à l’exécution de mesures absolument indispensables pour assurer la sécurité publique". En dehors de ces cas, la police ne peut intervenir qu'à la demande expresse du curé.

"Il n'y avait pas de terroristes!"

Face aux agents, l’abbé décide donc de poursuivre son office tandis que le servant d’autel, lui-même policier, essaie de jouer les entremetteurs. "Au bout d’une vingtaine de minutes", les policiers quittent finalement l’église "après avoir exigé que les trois paroissiens sortent", précise l’abbé de Maistre qui n’a pas été verbalisé.

Il finit par s'entretenir lui-même avec le commissaire à qui il a "rappelé que les policiers n'avaient pas à interrompre une célébration et qu'ils devaient rester à l'extérieur s'ils entendaient verbaliser".

De son côté, l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, interrogé mercredi sur Radio Notre-Dame, a fermement condamné l'incident: "Les policiers sont entrés en arme dans l'église, or il y a interdiction formelle aux policiers d'entrer en arme dans une église. Il n'y avait pas de terroristes! Il faut garder la tête froide et arrêter ce cirque. Sinon on va prendre la parole et (...) aboyer très fort!"

Les messes autorisées à huis clos

Mais cette messe pouvait-elle bien avoir lieu? Depuis le début du confinement, "les établissements de culte (...) sont autorisés à rester ouverts", selon le décret du 23 mars 2020 qui précise cependant que "tout rassemblement ou réunion en leur sein est interdit à l'exception des cérémonies funéraires dans la limite de 20 personnes." 

Le ministère de l’Intérieur précise au Figaro qu’un "office peut être célébré par un ministre du culte, mais à huis clos, afin d'être retransmis par des médias. Le ministre du culte peut être assisté de quelques personnes, si nécessaire et dans un nombre le plus restreint possible, pour procéder à l'enregistrement de la cérémonie." 

L’activité restreinte dans les lieux de culte perdurera au-delà du 11 mai, a indiqué mardi Emmanuel Macron, prévoyant une évaluation vers début juin ou mi-juin pour étudier la possibilité de réouverture. Le chef de l'Etat a également annoncé, au cours d'une audioconférence avec les responsables des grandes religions, qu'il n'y aurait "pas de grand rassemblement jusqu'à la fin de l'été", toujours en raison de la pandémie.

Ambre Lepoivre