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Justice: Jorge Montes jugé pour viols pour la troisième fois

Croquis d'audience représentant Jorge Montes, réalisé le 18 novembre 2008 au tribunal correctionnel de Paris.

Croquis d'audience représentant Jorge Montes, réalisé le 18 novembre 2008 au tribunal correctionnel de Paris. - -

Sa libération par erreur, en 2008, avait suscité la colère de Nicolas Sarkozy. Cinq ans plus tard, ce professeur de tango franco-uruguayen est rejugé pour la troisième fois dans la même affaire.

Tout le monde ou presque a oublié Jorge Montes. Son nom est pourtant associé à l'une des colères de Nicolas Sarkozy contre l’institution judiciaire. Il y a cinq ans, ce professeur de tango soupçonné de viols avait été libéré à la faveur d'une erreur d'écriture. Vendredi, après deux procès et un arrêt de la cour de cassation, il retourne devant la justice pour les mêmes faits.

En octobre 2008, alors mis en examen pour viols et placé en détention provisoire, Jorge Montes avait été remis en liberté à cause de l'erreur d'un greffier. En déplacement à Pékin, Nicolas Sarkozy avait alors fustigé une "décision invraisemblable" et indiqué qu'il n'avait "pas l'intention qu'on laisse libérer un violeur récidiviste simplement parce que quelqu'un a fait une erreur matérielle".

Deux semaines plus tard, le professeur de tango était interpellé à Paris pour d'autres faits et réincarcéré. Son avocat à l'époque, Me Patrick Maisonneuve, avait alors reproché à la justice d'avoir "cédé au pouvoir politique".

Prompt à la colère

Fuyant la dictature dans son pays, Jorge Montes s'était échoué à Paris à 17 ans. Cet Uruguayen avait alors vécu de ses talents – le chant et la danse. Il s'est marié trois fois, a eu quatre enfants, puis est devenu professeur de tango.

Avant d'être mis en examen pour deux viols, à 48 ans, il avait déjà été condamné une fois, à un an ferme, pour agression sexuelle. Au cours de ses procès successifs, il était apparu comme un homme courtois et décrit comme prompt à la colère, violent et manipulateur.

Procès "bâclé"

En 2010, Jorge Montes avait écopé de 15 ans de réclusion pour "viols" sur deux jeunes femmes et "enlèvement et séquestration" de l'une d'elles. L'homme soutenait pour sa part que les deux femmes avaient été ses compagnes de plein gré. Son avocat, Me Thierry Lévy, avait jugé après l'audience ce procès "bâclé", les plaignantes ayant été selon lui "très peu interrogées sur le détail de leur histoire avec Montes".

Les accusations de Nicolas Sarkozy étaient-elles encore dans la tête des jurés? "Il est certain que la manière dont le président a exploité l'affaire a eu un écho très négatif", commentait alors l'avocat.

Troisième procès après cassation

Jorge Montes avait été rejugé en appel début 2012 "en huis clos total". Il avait adopté la même ligne de défense – relations consenties, vie de couple tumultueuse. Sa peine avait été alourdie d'un an.

Mais la Cour de cassation avait cassé ce jugement, le 28 novembre de la même année – considérant que les droits de la défense avait été bafoués. Une décision qu'avait déplorée l'avocat d'une des deux victimes, Me Henri de Beauregard: "Cela inflige un troisième procès aux parties civiles, qui ont déjà vécu péniblement" les rebondissements de l'affaire Montes.

Le procès, qui s'ouvre vendredi devant les assises de Bobigny, doit durer une semaine.

Mathilde Tournier et avec AFP