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Gilets jaunes: les explications des policiers mis en cause pour des violences dans un Burger King

Des CRS. (Photo d'illustration)

Des CRS. (Photo d'illustration) - AFP

Les quatre CRS, mis en examen fin juin, ont notamment expliqué être, lors de cette intervention, dans un état de fatigue poussé, après les violentes altercations qui avaient émaillé la manifestation.

Fin juin, quatre CRS ont été mis en examen pour violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique, et deux d'entre eux pour violences volontaires avec incapacité de travail de moins de huit jours par personne dépositaire de l'autorité publique en réunion et avec arme.

Ils sont soupçonnés d'avoir matraqué des manifestants le 1er décembre 2018 à Paris, dans un Burger King, à la fin d'une mobilisation des gilets jaunes qui avait été particulièrement violente. C'est lors de cette journée de mobilisation que l'Arc de Triomphe avait été vandalisé.

BFMTV a eu accès à certaines des déclarations des CRS devant l'IGPN (Inspection générale de la Police nationale), au cours desquelles ils expliquent les conditions de l'intervention, et leur geste. Ce jour-là, ils avaient reçu l'ordre d'évacuer le fast-food sans procéder à des interpellations.

La fatigue et le "chaos"

"J'ai l'impression d'être jugé sur seulement ces trois minutes. Je me suis battu toute la journée pour défendre la République", explique le chef de la première section. "J'ai seulement fait mon travail du mieux possible", assure-t-il.

Alors que la mobilisation dégénérait, des manifestants étaient rentrés dans le fast-food pour, selon eux, s'y réfugier. Une vingtaine de personnes, dont des photographes, étaient présents. Sur différentes images, amateurs comme professionnelles, on peut voir les CRS frapper des personnes au sol, parfois à plusieurs reprises, et ce alors que certains se levaient pour quitter l'établissement.

"Mon unité est intervenue dans un contexte de chaos inédit, pendant plus de treize heures sans discontinuité" explique le commandant de la CRS 43, qui a agi sur cette intervention. "Dans une situation normalisée, nos personnels ne seraient pas intervenus de cette manière, ils n'auraient pas été dans un état d'épuisement" a-t-il également déclaré, selon des propos cités par Le Parisien.

"J'ai clairement manqué de lucidité"

"J'ai clairement manqué de lucidité, la journée a été rude, je suis pressé qu'ils (les manifestants, ndlr) partent, je ne veux plus les voir, ces coups ne sont pas nécessaires, selon moi", explique de son côté un brigadier mis en cause aujourd'hui. Il évoque également la peur: "J'ai cru que je n'allais pas revoir mes enfants".

Parlant de "guerre", selon les notes du Parisien, le major de l'unité dit avoir "constaté que des individus se sont mis au sol, malgré nos injonctions de sortir, plutôt que d'obéir, ils sont restés sur place dans une position au sol, recroquevillé sur eux-mêmes", affirme-t-il. Ce qui expliquerait, selon ce récit, la réaction des policiers.

Mais le quotidien francilien note les doutes de l'IGPN sur cette version. D'une part parce que sur les images, les manifestants semblent rester au sol surtout pour se protéger des coups des forces de l'ordre, d'autre part parce que seulement dix secondes se sont écoulées entre l'ordre de quitter le lieu et le début des coups. Un laps de temps trop court pour expliquer l'emploi de cette force.

La hiérarchie doit "assumer aussi les conséquences"

Dans un grand format "Police, au coeur du chaos", BFMTV avait interrogé des cadres des forces de l'ordre sur l'intervention au Burger King. "C'est de la violence policière", avait alors déclaré Michaël Di Méo, colonel de gendarmerie. "Malheureusement quand les manifestants parlent de violences policières, quand je vois ça, je suis obligé d'aller dans leur sens."

"C'est trop facile à chaque fois. Les collègues reçoivent des instructions, et ce sont eux qui sont mis en examen, et non les gens qui sont censés mettre en place le dispositif", réagit sur BFMTV Johann Cavallero, délégué national CRS du syndicat Alliance police national.

Le syndicaliste critique le fait qu'aucun officier ou commissaire n'a pour l'instant été mis en cause. "S'ils se sont loupé et ont donné les mauvaises instructions, ils doivent aussi être tenus responsables de leurs actes", estime-t-il.

L'enquête sur cette intervention précisémment est toujours en cours. Tous les CRS ayant agi ce jour-là dans le fast-food n'ont pas été identifiés.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV