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Georges Tron devant les assises pour viols et agressions sexuelles

L'ancien secrétaire d'Etat et actuel maire de Draveil, dans l'Essonne, est jugé à partir de ce mardi pour "viols" au tribunal de grande instance de Bobigny. C'est la deuxième fois dans l'histoire de la Cinquième République qu'un ancien membre de gouvernement se retrouve devant une cour d'assises.

C'est un procès à haute valeur symbolique, en pleine affaire Weinstein et de libération de la parole des victimes d'agressions sexuelles, qui s'ouvre ce mardi devant la cour d'assises de Bobigny. George Tron, maire de Draveil, dans l'Essonne, député à plusieurs reprises et ancien secrétaire d'Etat de Nicolas Sarkozy, est jugé pour "viols" et "agressions sexuelles" sur deux anciennes employées de sa mairie. Son ancienne adjointe, Brigitte Gruel, sera à ses côtés dans le box des accusés.

Preuve de la délicate affaire que les magistrats et les jurés auront à juger, le procès a été dépaysé à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, loin du fief de l'Essonne où Georges Tron, premier édile depuis 1995 et conseiller départemental, reste très apprécié. En pleine campagne #Balancetonporc, la défense du principal accusé craint un procès "symbole" et une remise en cause de la présomption d'innocence. "Evidemment", répond à L'Obs Me Eric Dupond-Moretti. "Car dans tous les délires, il y a des excès." La question du consentement sera donc centrale lors des débats.

Du massage plantaire...

Les faits remontent à 2011. Au mois de mai de cette année, George Tron, alors secrétaire d'Etat en charge de la Fonction publique dans le gouvernement de François Fillon, est mis en cause. En plein scandale DSK, deux femmes portent plainte contre l'homme politique. La première, Eva Loubrieu, a été contractuelle à la direction des Affaires culturelles de la mairie de Draveil entre janvier 2007 et juillet 2009. Les premiers gestes déplacés sont commis avant même son embauche lors d'un repas avec l'élu. 

Dans sa plainte, Eva Loubrieu raconte qu'"elle sentait que son pied (celui de Georges Tron, NDLR) touchait le sien". Pensant "à un geste survenu par inadvertance", elle "s'apercevait que son pied ne venait pas se frotter par erreur le long de sa jambe". Des témoins attesteront de cette scène qui se reproduit le lendemain lors d'un déjeuner pour évoquer son embauche à la mairie.

Au départ Eva Loubrieu se dit qu'"il n'y a pas mort d'homme", avant de devoir répondre aux nombreuses convocations dans le bureau du maire. Elle s'asseyait, raconte-t-elle, attendant que Georges Tron finisse la tâche qu'il était en train de réaliser. Celui-ci allait alors fermer la porte à clé avant de venir s'asseoir à ses côtés, faire pivoter son siège puis mettre ses jambes sur les siennes. Commençaient alors les massages des pieds, puis des jambes, du dos et du cou. "Il arrivait aussi que Georges Tron prenne son gros orteil dans sa bouche", témoigne-t-elle. 

... aux pénétrations digitales

Les massages se transforment vite en pratiques sexuelles. Eva Loubrieu détaille les caresses entre et sur les seins, les allers-retours entre sa poitrine et son ventre, puis les attouchements au niveau de son sexe, la pénétration avec les doigts. Il arrivait à Georges Tron d'éjaculer dans son pantalon, assure-t-elle. La jeune femme se laisse faire. Elle pense, dans les premiers mois, à la naissance d'une relation amoureuse entre elle et le maire de Draveil. Elle parle de "rituel" sur fond de consommation d'alcool. Elle voit aussi ces pratiques comme "un futur alinéa de son contrat de travail". Rapidement, sa vision change, notamment en rencontrant l'assistante parlementaire de Georges Tron. Elle tente de mettre fin à ces "convocations".

C'est au printemps 2007 que Brigitte Gruel, l'adjointe au maire de Draveil, serait entrée en piste. Après un déjeuner, une nouvelle fois bien arrosé, cette dernière, Georges Tron et Eva Loubrieu se sont retrouvés dans le bureau de l'élu. Là serait intervenu un jeu sexuel à base de pénétration digitale, de fellation et de cunnilingus. Cette scène se serait répétée une dizaine de fois. A son supérieur hiérarchique, l'employée parle de sa crainte de perdre son emploi si elle avait dû refuser de se soumettre à ces pratiques. La trentenaire est alors de plus en plus absente de son travail, entraînant une procédure de licenciement. En arrêt maladie jusqu'en juillet 2009, date de son licenciement, la jeune femme tombe alors en dépression et fait une tentative de suicide quelques mois plus tard.

Un homme qui "abuse" de sa position

Virginie Faux a connu la même trajectoire. A la recherche d'un emploi, elle fait la rencontre de Georges Tron en 2008, qui finit par l'embaucher. De l'initiation à la réflexologie lors d'un repas, elle va se retrouver au milieu de la relation adultérine, notoirement connue, semble-t-il, qu'entretenait le maire avec son adjointe. Lors d'un dîner, après avoir "subi" une nouvelle fois les appels du pied de Georges Tron, c'est au tour de Brigitte Gruel de s'y mettre. Une chose entraînant une autre, l'adjointe se retrouve nue, massant les seins de l'employée, pendant que l'élu la pénètre avec un doigt. "Voyant qu'elle ne prenait aucun plaisir", Brigitte Gruel se met alors à pratiquer une fellation au maire. 

Virginie Faux, "sidérée", rentre chez elle, lave son corps sali avec une brosse à ongles, se cache de ses enfants pour pleurer. Là encore, la jeune femme va profiter de quelques mois de répit avant d'être à nouveau au centre de ce jeu sexuel, cette fois-ci au domicile de Brigitte Gruel. Elle supporte ses atteintes, les considérant comme "un droit de cuissage" d'un homme "abusant de sa position d'homme d'Etat". Présentant à deux reprises sa démission, Virginie Faux se voit ensuite proposer un nouveau poste. Placardisée, l'employée fait elle aussi une tentative de suicide en 2010.

Non-lieu en 2013

Ces témoignages accusateurs vont être renforcés par ceux livrés par d'autres collaboratrices, journalistes ou femmes qui rapportent l'obsession de Georges Tron pour les pieds. A droite, tout le monde connaissait depuis longtemps "le massage chinois de Georges Tron", témoigne un élu LR. "C'était sa technique de drague, il proposait aux journalistes, aux secrétaires, aux attachées parlementaires", dit-il, assurant cependant que plusieurs femmes lui avaient précisé que "quand on disait non, il s'arrêtait".

En 2013, les juges d'instruction en charge de cette affaire prononcent un non-lieu, estimant que les charges ne sont pas suffisantes pour poursuivre Georges Tron et Brigitte Gruel. Les deux mis en cause récusent alors toutes les accusations portées à leur encontre. Aux nombreuses approximations des témoignages des victimes va s'ajouter l'enquête sur les mœurs des jeunes femmes. Eva Loubrieu est décrite comme une adepte "des soirées libertines ou échangistes". Concernant Virginie Faux, cette dernière "avait pour partie tenté de cacher" des relations adultérines qu'elle avait entretenues en 2009 et 2010.

Georges Tron promet de "balancer"

Saisie par les plaignantes qui ont fait appel du non-lieu, la cour d'appel de Paris a décidé de renvoyer, en 2014, Georges Tron et Brigitte Gruel, estimant notamment que "les éléments défavorables" aux deux femmes "y compris sur leur vie privée (...) est susceptible de constituer une manoeuvre des deux mis en examen tendant à décrédibiliser les plaignantes pour les besoins de la cause". La chambre de l'instruction note également les similitudes entre les deux plaintes comme, par exemple, leur "recrutement qui a toujours été le fait de Georges Tron et a souvent abouti à l'embauche de collaboratrices ayant en commun une présentation particulièrement soignée et féminine, en difficultés financières ou personnelles".

A 60 ans, Georges Tron, qui a démissionné du gouvernement en mai 2011, au moment des plaintes, compte bien se battre devant la cour d'assises de Bobigny. "Je veux rectifier ce chiffre de 40 qui ferait de moi un serial agresseur", lance-t-il dans le JDD de dimanche alors qu'il va comparaître libre jusqu'au 22 décembre. "En réalité, huit ou neuf personnes, dont mes deux accusatrices, déclarent avoir été gênées par ma pratique de la réflexologie plantaire." Se défendant d'être fétichiste des pieds, George Tron assure avoir également pratiqué sur des hommes mais, selon lui, les femmes sont "les principales adeptes des médecines alternatives".

"Jusqu'à présent, j'ai été pudique mais au cours de ce procès, je vais sortir de ma réserve et balancer moi aussi", prévient-il en guise d'avertissement, tout en défendant une nouvelle fois la thèse du complot mené par le Front national.

Justine Chevalier