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Enfant séquestré à Mulhouse: comment son père a échappé aux enquêteurs pendant trois ans

Pendant presque trois ans, la mère de cet enfant enlevé par son ex-conjoint a tout fait pour le retrouver. En vain. Comment celui qui a séquestré dans un appartement "insalubre" son propre fils a-t-il pu échapper aussi longtemps aux enquêteurs?

C'est, pour reprendre l'expression de Dominique Alzéari, procureur de la République de Mulhouse qui s'est exprimé samedi matin, l'histoire d'une "fuite en avant". Ou comment un père a enlevé puis séquestré pendant trois ans son propre fils, un petit garçon de huit ans aujourd'hui très perturbé. Mais comment ce père pour le moins déficient a-t-il pu, durant tout ce temps, échapper aux enquêteurs? Le magistrat a donné des éléments de réponses samedi matin, indiquant qu'avant son arrestation "en flagrance" jeudi, "d'autres tentatives d'interpellations étaient restées vaines".

"Il est passé à travers tous les contrôles"

L'homme, 37 ans et de nationalité tunisienne, savait bien qu'il lui était "impossible de se manifester, car il savait qu'il allait perdre l'enfant". Cet impératif a semble-t-il, dicté sa conduite.

Une obsession de la discrétion

Savait-il qu'une fiche de recherche avait été émise et diffusée pour lui et son fils? Impossible de confirmer en l'état. Mais l'individu avait poussé très loin son souci de la discrétion. Il avait ainsi appris à son fils "à parler doucement" pour ne pas risquer d'"alerter les voisins". L'enfant habitué à rester prostré dans cet "appartement d'une saleté répugnante" du centre de Mulhouse pour lequel le locataire avait accumulé les dettes, ne sortait que "très rarement".

Laisser le moins de traces possible

D'après le magistrat, l'homme a aussi fait preuve d'une farouche volonté de dissimulation. "Cet individu se cache, ne déclare rien, fait en sorte de sous-louer à des tiers donc n'a rien à son nom", détaille Dominique Alzéari. "Il est passé au travers des contrôles, jusqu'à ce que le travail d'enquête des policiers leur permette de le localiser".

De même, l'enfant n'étant ni scolarisé, ni médicalisé, "aucun service social n'était avisé", souligne le magistrat.

Un téléphone à carte

  • C'est parce que son employeur a fourni son numéro de téléphone portable aux enquêteurs que l'homme a pu être localisé, a rappelé le procureur. Récemment licencié, il venait "récupérer son solde de tout compte" lorsqu'il a été appréhendé. Pourquoi n'ont-ils pas repéré plus tôt son terminal? "Il suffit d'utiliser un téléphone à (recharge par) carte", a rétorqué le magistrat aux journalistes lors de son point presse. 

Peu d'antécédents

Les antécédents judiciaires n'ont pas été non plus d'une grande utilité. Seule une "affaire de recel de vol sur Nice" a été évoquée par le procureur qui précise qu'elle n'a "aucun rapport avec les faits".

Un "suivi obstiné" des enquêteurs

D'après le procureur de la République, les enquêteurs ont fait preuve, depuis le début, "d'un suivi obstiné" sur ce dossier. Il ont pu, en fouillant divers fichiers comme ceux des administrations ou de ses anciens employeurs, retracer le parcours de cet homme entré dans la vie active après des "études courtes". Un "périple" avec "deux ou trois points de chute au maximum" qui mènera les fonctionnaires de Nice jusqu'à Mulhouse, avec une étape "dans la famille" à Tournus, en Saône-et-Loire.

  • La mère du garçon "né en janvier 2007" n'a de son côté jamais renoncé. Elle a déposé "trois plaintes", en "2012, 2014 et la dernière le 15 mai 2015".

En conflit avec son ex-compagne

Les motivations de ce père aujourd'hui dans la tourmente ont aussi été précisées. L'homme n'avait pas la garde de son enfant puisque celle-ci avait été attribuée à la mère dont il s'était séparé avant de disparaître dans la nature. Une mère à qui il reprochait de ne "pas bien éduquer" leur fils. Carence éducative "qui n'est pas avérée", a d'ailleurs précisé le magistrat.

Concédant qu'il "n'avait pas été à la hauteur", le père a "reconnu les faits" qui lui sont reprochés. Il encourt 30 ans de réclusion criminelle.

David Namias