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Double meurtre de Montigny-lès-Metz: Henri Leclaire entendu par le juge

Henri Leclaire (deuxième à droite), cité comme témoin au procès Heaulme, à son arrivée au palais de justice de Metz le 1er avril dernier.

Henri Leclaire (deuxième à droite), cité comme témoin au procès Heaulme, à son arrivée au palais de justice de Metz le 1er avril dernier. - -

Le nouveau suspect dans le double assassinat de deux enfants en 1986 est convoqué ce mardi par un juge d'instruction à Metz. Il devrait probablement être mis en examen.

Ce mardi, l'affaire du double meurtre de Montigny-lès-Metz devrait prendre un nouveau tournant avec la probable mise en examen d'Henri Leclaire, convoqué par un juge d'instruction. Après Patrick Dils, victime d'une erreur judiciaire, et le tueur en série Francis Heaulme, en attente de jugement, ce sexagénaire est le troisième homme à faire office de suspect dans ce dossier ouvert il y a 28 ans.

Cet ancien manutentionnaire, aujourd'hui âgé de 65 ans, a été mis en cause par des témoignages tardifs au procès de Francis Heaulme, jugé en mars dernier pour ces faits. Au regard de ces nouveaux éléments, les juges avaient décidé d'interrompre le procès du tueur en série pour explorer la piste Henri Leclaire.

Sur le talus de de Montigny, "ensanglanté"

Le juge d'instruction chargé du dossier cherche à établir quel a été son rôle le dimanche 28 septembre 1986. L'après-midi du crime, des témoins affirment l'avoir vu au sommet du talus ferroviaire de Montigny où deux enfants, Cyril Beining et Alexandre Beckrich, jouaient avant d'être tués à coups de pierres.

L'intéressé affirme qu'il n'y "était pas". La grand-mère d'une des victimes, elle, assure l'y avoir vu peu de temps avant le double meurtre. Un autre témoin indique pour sa part l'avoir aperçu "ensanglanté" le long de la voie ferrée.

Les soupçons pesant sur Henri Leclaire ne sont pas récents. Dès le premier jour de l'enquête, le manutentionnaire avait avoué en garde à vue, expliquant que "sans savoir pourquoi", il avait "pris une pierre et frappé la tête de chacun des enfants". Mais un adolescent, Patrick Dils, avait avoué après lui. L'enquête s'était alors concentré sur cet apprenti-cuisinier, que la justice a par la suite blanchi.

Des soupçons pas si neufs

Le nom d'Henri Leclaire était réapparu au début des années 1990, cette fois dans la bouche de Francis Heaulme. Lors de confessions à l'enquêteur Jean-François Abgrall, le tueur en série, présent sur les lieux du crime, désignait Henri Leclaire comme l'auteur du double meurtre.

Mais c'est le témoignage tardif d'une habitante de Metz, livré deux jours avant l'ouverture du procès de Francis Heaulme en mars, qui a conduit la justice à poursuivre de nouveau Henri Leclaire. Ce nouveau témoin a expliqué que le sexagénaire s'était confié à elle en 2012. Dans des termes quasiment identiques à ceux de ses aveux de 1986, il lui aurait ainsi avoué s'en être pris aux enfants. Tout en niant les avoir tués.

Heaulme toujours mis en examen

Confronté à cette nouvelle accusatrice, Henri Leclaire a reconnu avoir tenu ces propos. Mais il a affirmé dans la foulée avoir "inventé" cette histoire. L'institution judiciaire, elle, a estimé ces révélations suffisantes pour interrompre le procès de Francis Heaulme et ouvrir une nouvelle enquête contre l'ancien manutentionnaire.

Les juges d'instructions doivent désormais déterminer l'éventuelle responsabilité des deux mis en examen, Francis Heaulme et Henri Leclaire. Une tâche délicate dans un dossier où les éléments matériels manquent et où les déclarations des suspects, voire des témoins, ont sans cesse varié.

Chronologie d'un marathon judiciaire

Le 28 septembre 1986, les corps de Cyril Beining et d'Alexandre Beckrich, deux garçons de huit ans, sont découverts à Montigny-lès-Metz, en Moselle, le crâne fracassé à coups de pierres sur un talus SNCF.

Le 28 avril 1987, Patrick Dils, un adolescent introverti de 16 ans habitant à proximité de l'endroit du crime, est arrêté. Deux jours plus tard, il passe aux aveux. Il est inculpé d'homicides volontaires et écroué. Il se rétractera par la suite.

Le 27 janvier 1989, Patrick Dils est condamné à la réclusion à perpétuité par la cour d'assises des mineurs de la Moselle. Son pourvoi en cassation sera rejeté.

Le 24 avril 2002, Patrick Dils est acquitté et libéré après 15 ans de prison. La même année, un rapport d'enquêteurs déclare que le crime de Montigny-lès-Metz porte la "quasi-signature criminelle" de Francis Heaulme.

En 2006, Francis Heaulme, déjà condamné pour neuf meurtres, est mis en examen dans cette affaire, mais il bénéficie d'un non-lieu l'année suivante faute de preuves suffisantes. Après un appel de ce non-lieu par Gabrielle Beining, la mère de Cyril, il est finalement renvoyé devant les assises de la Moselle le 31 mars 2014.

Le 1er avril 2014, la cour d'assises de Moselle renvoie le procès à une date inconnue, le président estimant qu'il pouvait "exister des charges à l'encontre d'une autre personne", en l'occurrence Henri Leclaire.

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Mathilde Tournier et avec AFP