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Des bébés lions ou tigres de compagnie, un effet de mode dévastateur pour les animaux

Le lionceau retrouvé dans un garage à Marseille.

Le lionceau retrouvé dans un garage à Marseille. - Douane française

Depuis quelques mois, les détentions illégales de lionceaux par des particuliers se multiplient. Quand ils sont retrouvés, les félins souffrent souvent de déshydratation et de malnutrition.

L’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) multiplie les découvertes inattendues. Depuis plusieurs mois, des animaux sauvages sont régulièrement retrouvés chez des particuliers répondant à "un phénomène de mode", raconte à BFMTV.com Eric Hansen, délégué interrégional Provence-Alpes-Côte d’Azur-Corse de l'ONCFS. En cinq ans, il a enregistré une douzaine de signalements de tigrons et de lionceaux détenus illégalement. Et la situation tend à s'amplifier. 

A Marseille, Paris ou encore dans le Val-de-Marne, trois lionceaux âgés d’un ou deux mois ont été retrouvés au cours des mois d'octobre et de novembre. A Valenton, un homme a été repéré alors qu’il se baladait dans sa cité avec le lionceau qu’il tentait de vendre 10.000 euros. A Paris, c’est dans une voiture stationnée sur les Champs-Elysées qu’un félin a été découvert. Il a depuis été confié à la fondation Tonga terre d’accueil et accueilli par un zoo de la Loire. A son arrivée, il souffrait d’une légère déshydratation et avait la queue sectionnée.

Des jeunes en quête de popularité

Ces félins ont été retrouvés dans des appartements, en cage ou en liberté. Pour la plupart, ils n'étaient pas encore sevrés et souffraient de malnutrition et de déshydratation les exposant à des carences qui peuvent avoir des conséquences irréversibles.

Ces animaux font les frais d’une quête de sensationnalisme chez des "individus fortunés qui sont prêts à payer des fortunes pour devenir le propriétaire du 'roi de la savane'. Il y a aussi des individus plutôt jeunes qui ont envie de briller sur les réseaux sociaux en posant à côté d'un lionceau", détaille Eric Hansen.

Il se souvient notamment d'une affaire en 2016. L'ONCFS avait interpellé à Saint-Ouen, en Seine-saint-Denis, un trafiquant qui "louait un tigron une dizaine d'euros pour que les gens viennent se prendre en selfie avec l'animal sauvage".

Six mois d’emprisonnement, 9.000 euros d’amende

La possession de félins sauvages n'est pas réservée aux parcs animaliers ou aux cirques. La loi permet de détenir un animal dangereux sous réserve de l’obtention d’une autorisation administrative et d’un "certificat de capacité". Il faut par ailleurs disposer d’une autorisation préfectorale d'ouverture d'établissement – qui peut être le domicile d'un particulier – équipé pour garantir la sécurité des félins et des individus. La détention d’espèces protégées, menacées, dangereuses ou fragiles, sans ces autorisations, constitue une infraction au code de l’environnement et peut entraîner une peine de six mois d’emprisonnement et de 9.000 euros d’amende.

Pour l’heure, l’origine des derniers lionceaux saisis n’a pas encore été établie, des enquêtes sont en cours. Une piste est cependant envisagée: "Les tigres ou les lions se reproduisent rapidement. Par exemple, il arrive que, dans des cirques, seules trois naissances sur cinq soient déclarées, ainsi deux nouveaux-nés sont revendus sous le manteau", livre Eric Hansen.

Le trafic des espèces sauvages est la quatrième activité criminelle la plus lucrative, selon WWF, après le trafic de drogue, de contrefaçons et d'êtres humains. Les trafiquants d’animaux sauvages risquent 15.000 euros d'amende et un an d'emprisonnement.

Ambre Lepoivre