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Cyberharcèlement: "même dehors", Mila se dit "prisonnière dans son propre pays"

Mila (c), une adolescente française victime de cyberharcèlement, avec son avocat Richard Malka (d) arrive au palais de justice de Paris pour le jugement de son affaire, le 3 juin 2021

Mila (c), une adolescente française victime de cyberharcèlement, avec son avocat Richard Malka (d) arrive au palais de justice de Paris pour le jugement de son affaire, le 3 juin 2021 - Bertrand GUAY © 2019 AFP

Le 21 juin, 13 personnes vont être jugées à Paris pour avoir participé au cyberharcèlement de l'adolescente Mila, parfois accompagné de menaces de mort, après sa publication d'une vidéo polémique sur l'islam.

Mila, l'adolescente de 17 ans victime de cyberharcèlement depuis qu'elle a publié une vidéo controversée sur l'islam sur Instagram en octobre dernier, a pris la parole dans l'émission Sept à Huit sur TF1, dix jours après le procès de ces 13 agresseurs présumés à Paris. Un procès renvoyé au 21 juin.

18 mois après le début de cette affaire qui a éclaté en janvier 2020, Mila présente son livre Je suis le prix de votre liberté (qui sortira le 23 juin prochain aux éditions Grasset) et affirme être toujours cible de cyberharcèlement.

"Je ne m'arrêterai jamais de parler"

Si la jeune femme assure qu'elle n'arrêtera "jamais de parler", elle porte un regard particulièrement noir sur ce qui, selon elle, l'attend. "Je vais forcément ne pas rester en vie", affirme-t-elle devant les caméras de TF1. "Et je vous dis ça dans le plus grand des calmes, et je sais que ce n'est pas normal. J'arrive encore à me le dire. Et c'est dans ces moments-là que je me mets à pleurer, parce que je ne suis pas capable de voir mon avenir comme les autres".

"Oui, je suis considérée comme un symbole parce que je n'ai pas peur, je continue de m'exprimer comme bon me semble. Et qu'on me mette un couteau sous la gorge, je ne m'arrêterai jamais de parler. En revanche, je reste quand même une jeune femme qui ne sait même pas quoi penser de son avenir. Quand on me demande: 'où te vois-tu dans 5, 10 ans?'. Je me vois peut-être grande brûlée, peut-être avec une jambe arrachée, ou peut-être morte. Peut-être que je serai morte dans 5 ans".

"Une prisonnière dans son propre pays"

Dans cet entretien, Mila estime que l'un de ses agresseurs "a raison" en affirmant avoir réussi à faire d'elle "une prisonnière dans son propre pays". "Qui dirait le contraire? Même quand je suis dehors, je suis en prison. Je suis en prison dans des couches de vêtements, des maquillages différents".

"On me dit: 'ce n'est pas bien, tu ne dois pas sortir comme ça, tu dois mettre une perruque, mets un chapeau". Maintenant que j'ai les cheveux bleus, on me demande de mettre des chapeaux. Mais je veux pas!", déplore-t-elle. "Quand je ressemble à une mouche, avec le gros manteau alors qu'il fait chaud, le masque, les lunettes de soleil, le chapeau pourri. Non! C'est très difficile de sortir camouflée comme ça..."

Mila s'en prend également à ce qu'elle considère être de "la lâcheté" de la part des Français. "J'étais pourtant persuadée que mon pays n'était pas comme ça! (...) Je vois la lâcheté partout autour de moi. Personne ne fait rien parce que les gens ont peur. Moi, je n'aurais jamais la prétention de dire que je suis plus courageuse que les autres, plus forte ou plus puissante que quelqu'un d'autre, parce que ce n'est pas le cas."

"Avec ma famille, on passe notre temps à signaler à la justice les menaces que je reçois. Je n'ai plus rien, plus de vie, plus de vie sociale autrement que sur les réseaux, j'ai l'impression d'être un robot, de ne plus être un être humain mais un souffre-douleur", racontait déjà la jeune femme au Point le 8 juin dernier, disant se sentir "impuissante, seule au monde". "C'est horrible, ce sentiment de solitude. Je n'ai plus qu'à me flinguer, ce n'est plus supportable."

Treize personnes doivent être jugées le 21 juin prochain à Paris pour avoir participé au harcèlement de l'adolescente Mila, parfois accompagné de menaces de mort, après sa publication d'une vidéo polémique sur l'islam. 

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV