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Christian Sainte: qui est le futur homme fort du 36, quai des Orfèvres?

Christian Sainte va prendre la tête de la police judiciaire parisienne.

Christian Sainte va prendre la tête de la police judiciaire parisienne. - Anne-Christine Poujoulat - AFP

Pour remplacer Bernard Petit, mis en examen pour "violation du secret professionnel", le ministre de l'Intérieur a choisi un homme qui n'a pas fait ses classes au 36, quai des Orfèvres. Christian Sainte, spécialiste du banditisme et de l'antiterrorisme, sera officiellement nommé à la tête de la police judiciaire de Paris

Une nomination express pour tenter de contenir les dérives. Christian Sainte va s'installer dans le prestigieux siège de directeur de la police judiciaire parisienne laissé vacant par Bernard Petit, suspendu après sa mise en examen pour "violation du secret présidentiel". Une nomination qui devrait être officiellement entérinée mercredi prochain lors du prochain Conseil des ministres. 

A 54 ans, Christian Sainte, décrit comme "un homme discret et efficace" est un pur produit de la direction centrale de la police judiciaire, sans toutefois être passé par le célèbre 36, quai des Orfèvres. Il aura la pénible tâche de redorer le blason de l'institution salie depuis quelques mois après le vol de 52 kg de cocaïne et les soupçons de fuites dans une enquête, notamment celle qui concerne Bernard Petit, mais aussi de son prédécesseur.

En décembre 2013, Christian Flaesch était écarté de la PJ parisienne après avoir prévenu l'ancien ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, qu'il allait être entendu dans l'une des enquêtes liées au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, en 2007.

Une enquête sur deux résolue

Christian Sainte va quitter l'Evêché, l'hôtel de police de Marseille, qu'il avait rejoint en 2012, après y être passé en 2008 comme directeur de la Sous-direction anti-terroriste. Il est nommé par Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, à ce poste alors que la ville est en proie à une spirale criminelle à base trafics de drogue et de règlements de compte faisant des Bouches-du-Rhône le département avec le taux d'homicide "le plus élevé" en France.

Placé à la tête de la Direction interrégionale de la police judiciaire, la plus importante de France avec 500 fonctionnaires pour couvrir tout le pourtour méditerranéen, les résultats parlent pour lui.

En 2014, huit des seize affaires de règlements de compte ont ainsi été résolues. "Il faut rester modeste, rien n'est définitivement gagné", confiait-il. Mais "c'est encourageant, cela tend à valider les options prises il y a deux ans avec des renforts et de nouvelles méthodes de travail. 2015 sera une année intéressante pour cela", prévoyait-il.

"Une grande capacité d'écoute"

S'il ne se vante pas de ses résultats, les autres le font pour lui. Mi-janvier, le procureur de Marseille pouvait annoncer, une baisse, pour la deuxième année consécutive, de la délinquance dans la cité phocéenne, où les faits constatés ont décru de 3,83%. Le nombre de règlements de compte restait lui stable. "C'est le meilleur DIPJ que j'aie jamais rencontré dans ma carrière", garantit Brice Robin. Et de vanter "une grande capacité d'écoute et à prendre des décisions rapidement, ainsi qu'une grande intelligence des situations".

Pour l'adjointe à la Sécurité de Marseille, Caroline Pozmentier, Christian Sainte "est un grand bonhomme avec lequel les choses se font dans la simplicité". "C'est quelqu'un avec qui on a pu travailler alors que ce n'est pas le cas de tous les policiers", commente le sociologue Laurent Mucchielli, spécialiste de la délinquance. Même tressage de lauriers du côté des policiers qui le qualifie de "mélange de grand flic, loyal envers l'institution et les collègues".

Un "provincial" à la tête du "36"

Pour tous, Christian Sainte doit sa carrière à ses résultats, et non à ses réseaux. Né à Amiens, il a fait toute ses classes au sein de la direction centrale de la police judiciaire. Après être passé par la section criminelle du Service régional de la police judiciaire (SRPJ) de Lille, il prend la tête en 1994 de la brigade criminelle à Marseille, déjà.

Nommé directeur adjoint du SRPJ d'Ajaccio en 1999, il revient dans la cité phocéenne en 2002 comme directeur inter­régional adjoint de la DIPJ de Marseille. Il retrouve la Corse en 2006, en qualité de directeur de la PJ de l'île. Pour un haut responsable de la police judiciaire parisienne, l'arrivée d'un "provincial" au "36", le "saint des saints" de la PJ parisienne, forte 3.000 hommes, est "une bonne chose" car "la préfecture de police a tendance à s'auto-régénérer".

Justine Chevalier avec AFP