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Ce que réclament les policiers

Si globalement les syndicats de policiers s'accordent sur bon nombre de revendications qui, pour certaines, ont su trouver un écho favorable notamment auprès du garde des Sceaux, des points de discorde perdurent entre les organisations.

L'exécutif tente de clamer le jeu. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, et le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, ont reçu tour à tour deux syndicats de police, Alliance (première organisation) et l'Unsa-Police, rejoints par Synergie (second syndicat d'officiers), mercredi soir, pour canaliser la colère des agents après l'attaque au cocktail Molotov d'un véhicule de police à Viry-Châtillon, le 8 octobre dernier.

> Ce que demandent tous les syndicats

Lancer un diagnostic

Après la rencontre place Beauvau, si Alliance a "demandé audience" à François Hollande, le secrétaire général adjoint du syndicat Alliance Police nationale, Frédéric Lagache, a estimé comme "une bonne chose" la promesse de mise en oeuvre dès ce lundi de concertations dans les départements qui visent à établir les revendications policières et dont les conclusions seront remises en décembre pour application immédiate dès 2017. "Ça va apporter un diagnostic précis pour que des solutions soient proposées et qu'un moratoire soit établi", a-t-il précisé. Un "plan de sécurité publique" sera lancé en novembre et "complété des résultats de la concertation", a assuré le ministre de l'Intérieur, promettant un "dialogue riche", sur la dotation en nouveaux matériels dès 2017 ou l'amélioration des conditions de travail, avec des "travaux immobiliers". 

Plus d'effectifs

En plus de cette mesure, le ministre a également commencé les recrutements massifs de policiers, rappelle Yves Lefebvre, le secrétaire général du syndicat Unité-Police SGP-FO, une des demandes fortes des policiers, qui estime cependant qu'il faudrait procéder a minima à 1.000 recrutements par an dans la police nationale pour permettre "d'assurer la sécurité en étant en sécurité".

Du matériel renouvelé 

Le ministre s'est aussi engagé à améliorer leur protection grâce à des équipements notamment un gilet par balles léger à multi-couches, moins lourd et plus adapté, réclamé par les agents depuis plusieurs mois, rappelle le syndicaliste.

Une meilleure coordination avec la Justice

De son côté, le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, qui gère 80% des revendications policières, a promis aux syndicats d'accéder à 5 d'entre elles. La première, initier un projet de loi sur l'anonymisation des procédures actés par les policiers; la seconde, le rétablissement de la simplification de la procédure pénale. Mais aussi la mise en oeuvre d'un travail commun entre organisation syndicales de la police et le ministère de la Justice. Sans oublier le grand chantier des tâches indus et la production d'une nouvelle circulaire à destination des magistrats pour faire preuve de la plus grande sévérité envers les agresseurs de policiers. Des promesses qui semblent satisfaire de façon générale les syndicats, mais dont Yves Lefebvre attend l'application. 

> Les désaccords entre eux 

La refonte de la légitime défense 

Frédéric Lagache estime cependant que tout cela "reste insuffisant par rapport à la problématique". Son syndicat Alliance entend pousser les revendications en demandant à revoir les textes de légitime défense. Une révision perçue différemment selon les syndicats, notamment Alliance et Unité-Police SGP-FO.

  • Le retour des peines planchers

Alliance souhaite également la remise en place des peines planchers contre les agresseurs de l'autorité publique, contrairement à Unité-Police. "Il faut inverser les peurs afin qu'on n'ait plus la volonté de s'en prendre au policiers", argue-t-il. Sur cette question, pour le moment, silence radio du ministère. C'est pourquoi Frédéric Lagache a sollicité un rendez-vous au président François Hollande.

La valorisation des carrières

Autre point de désaccord entre ces deux organisations, le protocole de valorisation des carrières, signé par Alliance mais pas par le second syndicat qui espère que le sujet s'inscrive dans les fameuses concertations prônées par le ministre Cazeneuve. Et malgré les promesses politiques, le mouvement s'amplifie en attendant la grande manifestation du 26 octobre prochain. Bon nombre de policiers sont, en effet, en désaccord avec les revendications des syndicats.

Aurore Coulaud