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Ce que l'on sait de l'attaque de chiens qui a tué une femme enceinte en pleine forêt

Une enquête a été confiée à un juge d'instruction ce mercredi, et des tests ADN ont été effectués sur 67 chiens afin d'essayer de déterminer quel(s) chien(s) sont à l'origine des morsures qui ont été fatales à la jeune femme enceinte, dans une forêt de l'Aisne samedi.

Quatre jours après la découverte du corps sans vie d'Élisa Pilarski, cette jeune femme enceinte de 29 ans qui, selon les premiers résultats de son autopsie aurait succombé à des morsures canines dans une forêt de l'Aisne, de nombreuses questions restent en suspens. 

Selon le quotidien Le Parisien, un équipage de plusieurs dizaines de chiens qui participaient dans le même temps à une chasse à courre se trouvait à proximité des lieux du drame. 

Selon le parquet de Soissons ce mercredi, des tests ADN ont finalement été réalisés sur 67 chiens: les cinq chiens du couple et 62 chiens de l'association "le Rallye de la Passion". Les prélèvements se sont achevés ce mercredi, et il appartient désormais au magistrat instructeur de choisir un laboratoire pour que soient effectuées les comparaisons.

Selon des sources proches du dossier, ces comparaisons entre les prélèvements réalisés sur les chiens et sur la victime pourraient prendre entre "huit jours et six semaines", en raison du nombre important de recoupements à effectuer.

  • Plusieurs appels entre Élisa et son compagnon

Toujours selon le quotidien francilien, la chronologie des événements est désormais presque entièrement connue. Samedi, en milieu de journée, Élisa Pilarski promène l'un de ses chiens en bordure de la forêt de Retz, sur la commune de Saint-Pierre-Aigle.

Entre 13 heures et 13h30, elle contacte son compagnon, Christophe, qui travaille à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, pour "lui signaler la présence de chiens menaçants" et lui demander de rentrer au plus vite. Des sources proches du dossiers confirment que plusieurs appels téléphoniques ont lieu vers 13 heures entre Élisa et son compagnon.

  • Un chasseur croise le compagnon de la victime 

Arrivé sur place une heure plus tard, son compagnon est conduit à travers la forêt par le chien (blessé par des morsures) qui accompagnait Élisa quelques minutes auparavant, jusqu'au lieu du drame.

Un chasseur qui dirigeait la chasse à courre dans ce bois ce samedi-là, raconte sur BFMTV avoir croisé le compagnon de la victime alors qu'il recherchait sa femme. "Ce monsieur était sur un chemin et il criait, ce qui est surprenant pour un randonneur, donc je suis allé vers lui pensant qu'il avait un problème", se souvient Jean-Michel Camus à notre micro.

"Il m'a alors dit: 'je cherche mon chien, faites attention à vos chiens car le mien est très dangereux'. Ce qui m'a laissé un peu sceptique, je lui ai répondu que nos chiens n'étaient pas méchants, mais lui m'a répété que ses chiens étaient 'très très méchants' et qu'il fallait faire attention. 'Il était avec ma femme et je la cherche'", aurait alors ajouté l'homme. 

Jean-Michel Camus affirme que si l'individu lui avait signifié qu'il y avait un problème et qu'il cherchait sa femme, "nous aurions arrêté la chasse pour l'aider". "Et je peux vous dire que nous n'avons pas entendu autre chose à ce moment-là que les cris de ce monsieur. La chasse s'est déroulée tout à fait normalement", ajoute-t-il.

  • Le corps de la jeune femme retrouvé dans un ravin

Le corps est finalement découvert dans un ravin, sans vie. Dans un premier temps, une voisine dit avoir cru "à un accident de chasse, comme il y en a souvent. Mais quand les gendarmes et les pompiers sont arrivés, on nous a dit que c'était très grave", explique-t-elle.

"J’ai appelé Curtis et c’est là qu’il (Curtis, ndlr) m’a prévenu en aboyant. Quand je vais pour regarder dans le précipice, je vois une trentaine de chiens arriver sur moi donc je m'écarte. (...) Je me suis rapproché, j'ai vu le ventre de ma femme car elle a été déshabillée entièrement. (...) J’ai pris Curtis dans la voiture et j’ai été voir des voisins qui ont appelé la police", décrit pour sa part, auprès de BFMTV, son compagnon.
  • L'heure de la chasse à courre pose question

Selon une source judiciaire, les témoignages divergent sur l'horaire du coup d'envoi de la chasse à courre. Des témoins disent devant les enquêteurs avoir vu un premier lâcher de chiens à 13 heures, tandis que d'autres (en l'occurrence des chasseurs) assurent que la chasse a démarré à 13h30, soit après l'heure évaluée du décès d'Élisa par le médecin légiste. Selon nos informations, l'hypothèse de l'attaque par les chiens de la chasse-à-courre est privilégiée par les enquêteurs.

Par ailleurs les enquêteurs recherchent encore un chien, le malinois évoqué par la victime dans son dernier message sur Facebook. L'animal est pour l'instant introuvable.

  • Une information judiciaire ouverte

"Vu la complexité des investigations", une enquête a immédiatement été ouverte par la Section de Recherches d'Amiens, et elle a été confiée à un juge d'instruction mercredi après-midi.

Selon le parquet de Soissons, l'information judiciaire a été ouverte contre X du "chef d'homicide involontaire par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement résultant de l'agression commise par des chiens". Il s'agit "notamment (...) d'identifier le ou les chiens mordeurs", poursuit le parquet, précisant que les morsures sont à la fois "ante mortem" et "post mortem."

Comme le rapporte de son côté le quotidien local L'Union, Jean-Charles Métras, lieutenant-colonel du groupement de gendarmerie de l'Aisne, aurait participé à cette chasse à courre. Afin d'éviter tous risques de collusion, ce dernier ne participera pas aux investigations.

  • Les chiens de chasse "dressés pour obéir"

Brigitte Bardot, présidente de la Fondation Brigitte Bardot, s'est déclarée "bouleversée et profondément scandalisée" et demande, dans une lettre ouverte à la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne, de suspendre "immédiatement toute autorisation de chasse à courre pour cette saison".

Dans un communiqué publié un peu avant la mi-journée ce mercredi, la société de Vénerie souligne qu'à ce stade des investigations, "rien ne démontre l'implication des chiens de chasse dans le décès de cette femme", et appelle à "la sagesse." 

Selon elle, les meutes de chasse à courre comptent en France plus de 30.000 chiens, répartis dans 390 équipages. "Ces chiens sont dressés pour chasser un animal particulier et obéir en toute circonstance à l'homme", indique-t-elle.

Hugo Septier et Jeanne Bulant