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Belgique: la justice se penche sur la santé mentale de Marc Dutroux

Marc Dutroux lors de son procès en août 2004 à Arlon, en Belgique

Marc Dutroux lors de son procès en août 2004 à Arlon, en Belgique - STR / POOL / AFP

La justice belge étudie ce jeudi la demande de désignation d'un collège de médecins experts pour examiner la dangerosité du pédophile, derrière les barreaux depuis 23 ans.

Marc Dutroux est-il toujours le "grand pervers" et le "manipulateur" qu'il était lorsqu'il a terrorisé la Belgique dans les années 1990? La justice belge rouvre ce jeudi ce dossier criminel ultra sensible. Elle examine une demande d'expertise psychiatrique déposée par les avocats du pédophile, emprisonné depuis 23 ans.

Évaluer le risque de récidive

Âgé de bientôt 63 ans, le "monstre de Charleroi" a été condamné en 2004 à la prison à perpétuité pour le rapt, la séquestration et le viol de six fillettes et jeunes filles en 1995-96, ainsi que pour la mort de quatre d'entre elles, deux assassinées et deux mortes de faim.

La requête d'expertise entre dans le cadre d'une demande de libération conditionnelle. Le Tribunal de l'application des peines (TAP) de Bruxelles, qui siège exceptionnellement à la prison de Nivelles où il est incarcéré, étudie à huis clos, la demande de désignation d'un collège de médecins experts pour examiner son état mental et le risque de récidive.

Une libération conditionnelle en 2021? 

Le TAP est constitué de cinq juges, au lieu de trois habituellement et est contraint de statuer à l'unanimité. Ses décisions ne sont susceptibles d'aucun recours. Elle devrait être mise en délibéré.

Selon son avocat, Maître Bruno Dayez auprès de l'Agence France Presse, cette journée est "une étape obligée dans le parcours" vers la libération conditionnelle qu'il espère décrocher à l'horizon 2021.

Ce dernier assure que le parquet est "d'accord pour actualiser les données psychiatriques". Mais si l'expertise est accordée, rien ne dit que l'avis des médecins sera positif et incitera à poursuivre le processus de libération conditionnelle.

"Place minime" accordée aux victimes

L'objectif paraît difficilement atteignable et provoque toujours des débats enflammés en Belgique. Les avocats et les proches des victimes lui reprochent de n'avoir jamais dit la vérité, ni exprimé de regrets.

Elles dénoncent également une procédure qui "infantilise les victimes" en les privant d'un débat contradictoire et d'un plein accès au dossier, regrette Maître Georges-Henri Beauthier, qui défend le père d'une fillette tuée et une des deux séquestrées ayant survécu. Ses clients, Jean-Denis Lejeune et Laetitia Delhez, ont fait part de leur refus de se déplacer à l'audience, déplorant "la place minime" qui leur est accordée dans le débat.

Laetitia Delhez et Jean-Denis Lejeune, en 2004 à Arlon (Belgique).
Laetitia Delhez et Jean-Denis Lejeune, en 2004 à Arlon (Belgique). © DAVID MARTIN / BELGA / AFP

"Moisir sur pied"

Son défenseur continue de dénoncer, lui, le traitement "scandaleux" subi en prison, où personne ne devrait "moisir sur pied" à l'isolement pendant un quart de siècle. Depuis son interpellation "rien n'a été fait pour favoriser son amendement, ni sa réinsertion (...) On ne le laisse participer à aucune activité collective", proteste à son défenseur. 

Une première demande de libération sous bracelet électronique n'avait pas abouti en 2013. Son ex-épouse Michelle Martin, également condamnée en tant que complice en 2004 (à 30 ans), bénéficie quant à elle d'une liberté conditionnelle depuis 2012. Elle est hébergée par un ancien magistrat après un séjour dans un monastère.

Condamné à 25 ans de prison, son complice Michel Lelièvre vient, lui, d'obtenir le feu vert à sa sortie, à condition de trouver un logement sous six mois dans un périmètre très précis.

Esther Paolini avec AFP