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Bébés échangés à la naissance: les familles réclament 12 millions d'euros

Sophie Serrano et sa fille "adoptive", Manon, échangée avec sa fille biologique à la naissance.

Sophie Serrano et sa fille "adoptive", Manon, échangée avec sa fille biologique à la naissance. - Valery Hache - AFP

Deux familles privées de leur enfant biologique il y a vingt ans, à la suite d'une erreur dans une clinique de Cannes, vont être fixées ce mardi sur un éventuel dédommagement par une décision de justice.

Elles ont toutes les deux une longue chevelure brune et des yeux foncés, et leur complicité affichée font de Sophie Serrano, 38 ans, et de Manon, 20 ans, une mère et une fille ordinaires. Pourtant, les liens qui les unissent ne sont pas biologiques: Manon a été échangée par erreur à la naissance dans une couveuse d'une clinique de Cannes. Saisi, le tribunal correctionnel de Grasse va se prononcer ce mardi sur le préjudice subi, après un procès qui s'est tenu en décembre dernier.

Une histoire de bébés échangés hors du commun

Retour sur les faits. Lorsque la fille de Sophie Serrano voit le jour dans une clinique de Cannes, elle est atteinte d'une jaunisse, et passe les premiers jours de sa vie en couveuse, sous des lampes UV. Sa mère ne la découvre réellement que quand elle quittera la maternité, son enfant dans les bras. Elle remarque alors des détails étranges, comme ses cheveux plus longs, et sa peau légèrement plus foncée. "C'est à cause des lampes UV", lui répond le personnel soignant. Faux. Elle ne le sait pas encore, mais le nourrisson qu'elle va élever comme sa fille a des parents d'origine réunionnaise. 

La différence physique entre Manon et ses parents s'accentue rapidement avec le temps. "À 1 an, elle a commencé à friser, son teint est devenu très mat. Son père me soupçonnait de l'avoir trompé et, dans le village, il y avait des rumeurs, on l'appelait "la fille du facteur". C'était d'une grande violence. Mais moi, je n'ai jamais eu le moindre doute", confie Sophie Serrano dans une interview au Point.fr.

Des conflits conjugaux finissent par pousser la jeune mère à réaliser un test de paternité. L'impensable se réalise: Manon, 10 ans, n'est pas la fille biologique de son père, ni même de sa mère. Sophie Serrano, terrorisée à l'idée qu'on lui retire celle qui est "son enfant" et qu'elle "aime plus que tout", décide cependant d'entamer un long combat judiciaire. Elle veut savoir ce qu'est devenue son "autre" fille, et si elle va bien. "J'étais désorientée, déstabilisée, j'ai vécu un cauchemar", expliquait-elle à BFMTV en décembre dernier. "J'ai eu le sentiment que l'on m'a arraché une partie de moi en me prenant mon enfant biologique." Une enquête de la gendarmerie finit par mettre au jour ce qu'il s'est passé: les deux nouveaux-nés avaient la jaunisse, et une auxiliaire de puéricultrice, alcoolique chronique et profondément fragile, les a inversés par erreur en les rendant à leurs mères.

Deux familles devenues distantes

Les deux familles, sous le choc, choisissent de se rencontrer. Manon découvre ses véritables origines. Mais le lien ne prend pas, et les années passant, la distance se crée de nouveau. L'histoire est trop lourde à porter. Sous l'impulsion de Sophie Serrano, les deux familles décident cependant de se constituer partie civile, pour faire reconnaître la souffrance qu'elles ont vécu durant des années, et le déchirement provoqué par cette situation extrêmement rare. A elles deux, elles réclament plus de 12 millions d'euros de dommages au titre du préjudice moral subi, et attendent avec impatience de pouvoir enfin tourner la page.

"Vous imaginez à quel point c'est grave de conséquences de savoir que dans une maternité, on peut donner à des parents un enfant qui n'est pas le leur?", tempêtait en décembre dernier le médiatique Me Gilbert Collard, avocat de la famille Serrano. La clinique, elle, admet l'erreur, mais rejette toute la responsabilité sur l'ancienne salariée, absente à l'audience. "Qu'ils arrêtent de se défiler, ils ont commis un préjudice irréparable sur le plan psychologique", leur répondait Manon sur BFMTV. Verdict attendu dans la journée.