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Bébés échangés à la naissance: jugement rendu le 10 février

Sophie, la maman, et sa fille, Manon, qui n'est pas son enfant biologique.

Sophie, la maman, et sa fille, Manon, qui n'est pas son enfant biologique. - BFMTV

Il y a tout juste 20 ans, deux petites filles ont été accidentellement échangées à la naissance dans une clinique de Cannes. Aujourd'hui adultes, elles demandent réparation.

Pour leur avocat, il s'agit d'une "adoption forcée". Les faits remontent à il y a vingt ans tout juste. Deux filles naissent à quelques chambres d'intervalle dans une clinique de Cannes et le cauchemar que tous parents redoutent se réalise: les bébés sont échangés accidentellement. Ce mardi, les deux familles se retrouvent à l'occasion de l'ouverture du procès au tribunal de Grasse.

Que s'est-il passé en juillet 1994? La fillette de Sophie Serrano souffrant d'une jaunisse, est placée en couveuse. Une nuit plus tard, on ramène l'enfant à sa mère...cheveux plus épais, peau plus mate. On explique à cette maman alors âgée de 18 ans que ce sont les conséquences des lampes UV. Ce n'est que dix ans plus tard, à l'occasion d'un test de paternité, que la vérité est révélée. Sa fille, Manon, n'est pas sa fille biologique.

"La peur qu'on m'arrache mon enfant"

"Je n'avais aucun doute, confie Sophie à BFMTV. C'est ma fille en tout point, autant que mes autres enfants, il n'y a aucune différence." Malgré l'amour quelle porte à sa fille, pour cette maman, il y a un autre enfant, le sien, qui existe. "J'étais désorientée, déstabilisée, j'ai vécu un cauchemar, poursuit-elle. J'ai eu le sentiment que l'on m'a arraché une partie de moi en me prenant mon enfant biologique."

A l'époque, "Manon a eu peur d'être arrachée à son foyer et moi j'ai eu peur qu'on m'arrache mon enfant."

Pour Me Gilbert Collard, qui représente Sophie Serrano, les destins de ces deux familles ont été brouillés par les erreurs de la clinique. "On a l'impression que c'est un film, un livre, et bien non c'est la réalité", commente l'avocat. "Comment la justice a pu mettre dix ans à juger cette affaire", s'interroge-t-il. 

Au moment de cette découverte, une enquête est alors menée pour découvrir l'autre famille qui avait recueillie l'autre enfant. On s'aperçoit que trois nouveaux-nés souffraient de la jaunisse, un garçon et deux filles, mais la clinique ne disposait que de deux couveuses à UV. 

12 millions d'euros réclamés

Pour les parties civiles, la clinique est bien responsable de cet échange de bébés. Un établissement qui reconnaît l'erreur mais justement pas sa responsabilité. "L'inversion des enfants a été réalisée par une salariée de la clinique qui n'a pas respecté les consignes de la clinique parce qu'elle souffrait d'une grave dépression et d'un alcoolisme chronique", commente Sophie Chas, avocate de la structure médicale.

Aujourd'hui, les deux familles sont unies dans la procédure mais ne préfèrent pas rester en contact. A elles deux, elles réclament plus de 12 millions d'euros de dommages au titre du préjudice moral subi. Manon, elle, espère que ce procès va l'aider "retrouver une certaine sérénité, une paix intérieure". "Si ça nous est arrivé à nous, ça a pu arriver à d'autres", a lancé Sophie Serrano au cours de l'audience. Le tribunal de grande instance rendra son jugement le 10 février.

J.C.