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Aude: une mère obligée de laisser son fils de 4 ans repartir au Japon avec son père

Drapeau du Japon et de la France (PHOTO D'ILLUSTRATION).

Drapeau du Japon et de la France (PHOTO D'ILLUSTRATION). - Kazuhiro NOGI / AFP

Dans l'Aude, une mère se bat depuis deux ans pour que son fils Louis, un Franco-Japonais de 4 ans, reste à ses côtés. Après un dernier recours, l'enfant va devoir rejoindre le Japon où vit son père. Une centaine d'enfants français seraient concernés par cette situation, qualifiée "d'inacceptable" par Emmanuel Macron.

"C'est complètement kafkaïen !" Magali Simmons ne décolère pas. Elle est présidente du comité de soutien "Courage Marine" qui accompagne depuis deux ans la mère de Louis, un Franco-Japonais de 4 ans, dans son combat pour le faire rester en France. Mais après avoir épuisé tous les recours juridiques, l'enfant va devoir quitter sa commune de Salles-d'Aude (Aude) et partir avec son père pour Tokyo, le lendemain de Noël.

Un "couple dysfonctionnel"

Marine V. et Susheido K. se sont rencontrés lors de leurs études à Toulouse. Lui travaille dans la diffusion et la promotion de l'art japonais dans l'Hexagone, tandis qu'elle est formatrice en langue. Après leurs études, ils se marient en France puis rejoignent Tokyo, où naît Louis, en 2015.

C'est alors que les choses se compliquent: "violences conjugales", "couple dysfonctionnel", nous explique-t-on du côté du comité de soutien. Des accusations "mensongères" formellement démenties par le mari dans les colonnes du Parisien: "Je n'ai jamais été violent avec elle ou avec d'autres personnes", affirme-t-il.

Marine V. rentre en France pour les vacances de 2017, avec son fils et "l'accord du père", assure Magali Simmons.

"Il lui disait qu'elle ne pouvait pas divorcer. Comme si elle était forcée de vivre avec lui", s'indigne Magali Simmons auprès de BFMTV.com.

La jeune femme de 28 ans entame alors une procédure de divorce, refusé par l'époux qui lance à son tour une procédure de "non-retour d'enfant de moins de 16 ans du lieu de résidence habituelle" suivant l'article 3 de la Convention de la Haye. "Pourtant, il avait, à sept reprises par mail, acquiescé le fait que son fils et son épouse vivent en France", assure la présidente du comité de soutien.

Marathon judiciaire

Démarre alors un marathon judiciaire devant le tribunal d'instance et la cour d'appel de Montpellier, qui tranchent tous les deux en faveur du père, avant que la Cour de cassation ne vienne casser ce jugement. La cour d'appel de Toulouse estime à son tour de l'enfant doit repartir avec son père à Tokyo. À l'automne, lors d'une ultime procédure d'urgence en cassation, la même juge qui avait cassé le jugement en 2018 rejette cette fois le pourvoi. C'était le dernier recours, Louis doit donc habiter au Japon. 

Durant toute cette procédure, Susheido K. dit n'avoir pu voir son fils "qu'à de rares occasions dans un centre, sous surveillance." Une affirmation contredite par le comité de soutien "Courage Marine": "Son père a voyagé à cinq ou six reprises en Europe et deux fois à Montpellier" mais n'a jamais été rendre visite à son fils, alors que son ancienne compagne "lui en laissait la possibilité", affirme pour sa part Magali Simmons.

"Ils s'appellent sur Skype tous les dimanches quand son père est disponible", indique-t-elle, et d'ajouter: "Marine n'a jamais dit à Louis de choses négatives sur son papa pour ne pas l'inquiéter."

Le père propose à la mère de venir à Tokyo

Que va-t-il se passer une fois Louis au Japon? La défense du père assure que Marine V. pourra venir quand elle le désire à Tokyo le temps que la justice nippone tranche sur le divorce et la garde:

"Dans les différents jugements, il est écrit en toutes lettres que M. Kudo proposait à la mère de l'enfant de se rendre au Japon. La mère de Louis n'a donc rien à craindre de la justice japonaise si elle se rend sur place pour statuer sur la garde dans le cadre d'un divorce", assure au Parisien Me Hansu Yalaz, l'avocate du père.

Faux, répondent les proches de la mère. Selon eux, la procédure de divorce lancée en France et sa présence sur le territoire depuis plus d'un an l'empêche de remplir les conditions pour obtenir l'un des 27 visas japonnais. Et alors que la procédure de divorce en France permet de conserver son autorité parentale, celle au Japon peut la lui faire perdre - en plus de la garde.

Une centaine d'enfants français concernés?

"Les parents étrangers sont complètement floués de leur droit parentaux au Japon", dénonce Magali Simmons. Le cas de Marine V. semble effectivement loin d'être isolé. En mars, Paris-Match évoquait le combat de trois pères français pour revoir leurs enfants après la séparation de leurs compagnes japonaises. Au total, une centaine d'enfants français seraient concernés, indique au Parisien la députée LaREM Anne Genetet, député de la 11e circonscription des Français de l'étranger.

Le sujet est tellement sensible qu'Emmanuel Macron s'en est emparé lors de sa dernière visite à Tokyo en juin, où il avait jugé ces situations "inacceptables":

"On ne peut pas laisser certains de nos compatriotes vivre dans cette situation, et je crois que les droits fondamentaux des enfants et les leurs en tant que parents doivent être défendus", avait déclaré le président français en marge d'une visite de trois jours. 

Les proches de la mère de Louis ont tenté de contacter l'Elysée, sans obtenir de réponse.

Esther Paolini