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Attentat de la rue des Rosiers: le "pacte" qui scandalise les familles des victimes

37 ans après l'attaque qui a fait 6 morts et 22 blessés, l'ancien patron de la DST dévoile les coulisses de l'enquête.

Le 9 août 1982, un sanglant attentat perpétré dans le quartier du Marais à Paris va profondément marquer l’opinion publique. Ce jour-là, un groupe de 2 à 5 personnes se présente devant le populaire restaurant de Jo Goldenberg, où étaient alors présents une cinquantaine de clients.

Là, les assaillants lancent deux grenades et tirent à l’arme automatique dans l’établissement avant de prendre la fuite. L’attaque, qui a duré trois minutes, a fait 6 morts et 22 blessés.

37 ans plus tard, les auteurs de cette tuerie n’ont jamais été punis par la justice française. Un "oubli", qui, selon un article du Parisien, pourrait trouver sa cause dans un pacte de non-agression oral passé entre l’État français et les principaux suspects, membres du groupe terroriste palestinien Abou Nidal, un mouvement dissident du Fatah de Yasser Arafat.

"On a passé une sorte de deal verbal en leur disant: Je ne veux plus d'attentat sur le sol français et en contrepartie, je vous laisse venir en France, je vous garantis qu'il ne vous arrivera rien", aurait ainsi expliqué, le 30 janvier dernier lors d’une audition avec le juge en charge du dossier, Yves Bonnet, ancien patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST).

Pacte avec Abou Nidal

Dans le même article, le quotidien francilien tente de retracer la chronologie des événements d’alors. Quelques semaines après les faits, l’enquête pointe très vite du doigt ce mouvement, d’autant que dans le restaurant, des balles de modèle Maszynowy wz. 63, signature d’Abou Nidal, sont retrouvées.

C’est alors qu’Yves Bonnet accepte une rencontre clandestine avec certains des membres. "Ce sont mes collaborateurs qui les ont vus à l'époque, détaille Yves Bonnet devant le juge. Je ne vais pas les dénoncer. C'est moi qui prends la responsabilité de l'accord", détaille-t-il encore.

Dans l’espoir de mettre fin à la vague d’attentats qui touche la France à l’orée des années 1980 et "d’assurer la sécurité des Français", un accord est ainsi trouvé. Des membres du groupe, qui ne seraient pas les auteurs de l'attentat, sont ainsi autorisés à venir en France sans être inquiétés par la justice.

"Et ça a marché, il n'y a plus eu d'attentats à partir de fin 83, en 84 et jusqu'à fin 1985", explique-t-il encore.

"Des pactes noués avec d'autres organisations?"

Du côté des victimes et de leurs familles, cette hypothèse n’a pas été bien accueillie. Toujours dans les colonnes du Parisien, Me Avi Bitton, avocat des parties civiles, évoque désormais une affaire d’état qui nécessiterait l’ouverture d’une "enquête parlementaire."

"Et pas uniquement sur le dossier de la rue des Rosiers. De tels pactes ont-ils été noués avec d'autres organisations? C'est possible lorsqu'on voit les agissements de l'entreprise Lafarge en Syrie…"

En 2015, dans l'affaire de l'attentat rue des Rosiers, plusieurs suspects ont été identifiés en Cisjordanie et restent sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Actuellement, la justice française se heurte à des problèmes d’extradition.

Hugo Septier