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Appartement, massages et amis: les nombreux liens de Jeffrey Epstein avec la France

Lors de l'annonce des charges retenues contre Jeffrey Epstein, en juillet 2019. (photo d'illustration)

Lors de l'annonce des charges retenues contre Jeffrey Epstein, en juillet 2019. (photo d'illustration) - Stéphanie Keith - Getty - AFP

Le millionnaire, retrouvé mort dans sa cellule de la prison de Manhattan le 10 août dernier, était accusé de multiples agressions sexuelles sur des jeunes filles mineures et de trafic sexuel.

Jeffrey Epstein était tombé "amoureux de la France (…) il y a une vingtaine d'années". Le millionnaire américain, retrouvé mort dans sa cellule le 10 août, et qui était poursuivi pour des agressions sexuelles sur mineures et trafic sexuel, entretenait une relation particulière avec l'Hexagone, à en croire le témoignage dans Le Parisien d'une de ses amies qui assure l'avoir côtoyé dans les années 90 jusqu'au milieu des années 2000.

Ce sont ces liens étroits qui ont poussé deux secrétaires d'Etat, Marlène Schiappa et Adrien Taquet, à demander l'ouverture d'une enquête en France. Le parquet de Paris a fait savoir que "les éléments transmis (étaient) en cours d'analyse et de recoupement". "Les premières vérifications sont actuellement en cours afin de déterminer si une enquête doit être ouverte sur le territoire français", est-il précisé.

Une liste de "massages" à Paris

Depuis de nombreuses années, Jeffrey Epstein se rendait régulièrement en France. En 2018 et 2019, il a ainsi effectué pas moins de 11 vols à bord d'avions privés entre New-York et Paris, selon le site américain Insider. Propriétaire d'un appartement avenue Foch, dans le XVIe arrondissement de Paris, il détenait également des propriétés à "Nice et à Biarritz", selon François Durpaire, notre consultant spécialiste des Etats-Unis. C'est d'ailleurs au retour d'un séjour de trois semaines à Paris que le financier avait été arrêté, à New York, le 6 juillet 2019.

Dans son carnet d'adresse, le fameux "petit carnet noir" révélé en 2015 par Gawker, toute une rubrique est dédiée à la France. Sur ces pages, on retrouve les noms de personnalités mondaines, d'avocats, de décideurs, mais aussi les numéros d'employés de maison et de services, par exemple pour des locations de voitures.

Cependant, une section retient particulièrement l'attention: celle dédiée aux "massages", où plus d'une vingtaine de numéros sont inscrits. Dans Le Parisien, l'amie de Jeffrey Epstein assure qu'il ne s'agissait que de simples massages pour lesquels les filles "prenaient 200 à 300 $ de l'heure et c'était tout".

Néanmoins, à plusieurs reprises, des accusatrices ont expliqué que les "massages" réclamés par le magnat se transformaient en rapports sexuels forcés

Jean-Luc Brunel, l'ami de Jeffrey Epstein

Parmi les contacts français de Jeffrey Epstein, un homme semble particulièrement lié au magnat de la finance. Jean-Luc Brunel, présenté comme "l'ami français de Jeffrey Epstein" dans une longue enquête de Mediapart, est soupçonné d'avoir fourni à l'homme d'affaires de nombreuses jeunes filles mais aussi d'en avoir agressé sexuellement plusieurs.

Patron des agences de mannequinat MC2 et Karin Models, Jean-Luc Brunel était peu connu du grand public, mais beaucoup plus du milieu et du monde de la nuit, où il aimait s'afficher. Ce septuagénaire aurait utilisé ses agences pour recruter des proies, selon le témoignage de plusieurs victimes.

Zoe Brock avait 17 ans quand elle est arrivée à Paris en 1991, raconte Libération. Cette jeune mannequin est alors hébergée chez Jean-Luc Brunel afin de rassurer ses parents inquiets de la voir partir à l'autre bout du monde.

"Dès le soir où Jean-Luc est rentré, il m’a fait venir dans sa chambre et m’a dit d’emblée: 'tu sais Zoë, un jour il va falloir qu’on couche ensemble.' Puis il a sorti un plateau de cocaïne", raconte-t-elle au quotidien, ajoutant avoir refusé ses avances.

Une autre mannequin néerlandaise, Thysia Huisman, elle aussi logée dans l'appartement de Jean-Luc Brunel en 1991, assure auprès de Libération avoir été droguée avant d'être violée. "Je me rappelle qu’il était sur moi, que j’ai essayé de le repousser et du bruit quand il a déchiré mes vêtements. Ensuite, c’est le trou noir", confie-t-elle aujourd'hui.

"Esclave sexuelle"

Cette femme dit par ailleurs avoir assisté à une soirée chez Jean-Luc Brunel en présence de très jeunes filles qui accompagnaient des hommes d'affaires plus âgés. Elle affirme alors avoir vu un homme qui ressemblait à Jeffrey Epstein.

"Le seul lien de leur amitié semblait être que Brunel pouvait obtenir des douzaines de filles mineures et nourrir le grand appétit d'Epstein, et de Maxwell (ancienne compagne de Jeffrey Epstein, ndlr) pour les rapports sexuels avec des mineures", confirme Virginia Roberts Giuffre, une des principales accusatrices de Jeffrey Epstein, dans une plainte de 2015 contre Jean-Luc Brunel, révèle par ailleurs Mediapart.

Selon Le Parisien, des victimes mettent aussi en cause l'agence internationale NextModel, avec laquelle Jean-Luc Brunel entretenait des liens et dont Lorenzo Pedrini, un des cadres parisiens, connaissait Jeffrey Epstein.

Virginia Roberts Giuffre affirme par ailleurs avoir été sous l'emprise du magnat de la finance entre 1999 et 2002 "en tant qu'esclave sexuelle". Elle a assuré à ses avocats avoir entendu Jeffrey Epstein se féliciter d'avoir fait venir de France "deux jolies filles de 12 ans" à l'occasion de son anniversaire, selon un document obtenu par le site d'investigation.

Ghislaine Maxwell, la confidente

Son récit met en lumière un dernier lien avec la France. Alors âgée de 16 ans, Virginia Roberts Giuffre occupe un petit emploi dans le complexe de Mar-a-Lago – propriété de Donald Trump – quand elle est repérée par Ghislaine Maxwell.

Ancienne compagne de Jeffrey Epstein, cette femme aujourd'hui âgée de 57 ans est restée la confidente et collaboratrice du magnat de la finance. Mais cette franco-britannique-américaine – elle est née en 1961 à Maisons-Laffite, dans les Yvelines, fille de l'homme d'affaire Robert Maxwell et de l'historienne française Elizabeth Maxwell – est soupçonnée d'avoir participé à l'organisation du réseau de jeunes filles mineures mis en place par Jeffrey Epstein. Elle a cependant toujours nié ces accusations après avoir pris ses distances lorsque le premier scandale a éclaté en 2008.

Benjamin Rieth