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Affaire Mila: 13 personnes jugées ce jeudi pour cyberharcèlement et menaces de mort

Il leur est reproché d'avoir participé au harcèlement de l'adolescente Mila après sa publication d'une vidéo polémique sur l'islam. Ils risquent jusqu'à trois ans d'emprisonnement.

Des vidéos devenues virales, suivies d'un déferlement de haine en ligne. Treize personnes doivent être jugées ce jeudi à Paris pour avoir participé au harcèlement de l'adolescente Mila, parfois accompagné de menaces de mort, après sa publication d'une vidéo polémique sur l'islam. La lycéenne avait fait le buzz pour la deuxième fois, sur le réseau social TikTok, en lançant à ses détracteurs:

"Et dernière chose, surveillez votre pote Allah, s'il vous plaît. Parce que mes doigts dans son trou du cul, j'les ai toujours pas sortis".

Une salve de menaces avait alors fusé: "Qu'elle crève", "tu mérites de te faire égorger" ou "je vais te faire une Samuel Paty" - du nom du professeur d'histoire-géo décapité en octobre à Conflans-Sainte-Honorine après avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.

"Terreur numérique"

Les prévenus, âgés de 18 à 30 ans, sont tous renvoyés devant le tribunal correctionnel pour harcèlement en ligne. Certains seront également jugés pour menaces de mort ou menace de crime.

"Ce procès est celui de la terreur numérique qui déchaîne des meutes sexistes, homophobes, intolérantes contre une adolescente", estime auprès de l'AFP Richard Malka, l'avocat de Mila, victime de "raids" sur Internet après deux vidéos sur l'islam en janvier puis novembre 2020.

Depuis, la jeune femme a tiré un trait sur la vie ordinaire d'une adolescente de 18 ans. Sous protection policière jour et nuit, elle a dû déménager pour s'installer dans un appartement dont l'adresse est tenue secrète. Elle a également été obligée de quitter son lycée et doit préparer son bac avec le Centre national d'enseignement à distance (CNED), loin des établissements scolaires et des amusements du lycée.

Droit au blasphème

Me Malka dénonce un "lynchage numérique" contre une adolescente qui n'a fait "qu'exercer un droit", celui de blasphémer. En retour, elle s'est attiré les foudres de ces individus "sans histoire qui, cachées derrière leur écran et leur pseudonyme, ont souhaité broyer le crâne et lacérer le corps d'une mineure devenue leur bouc émissaire".

Mais, "sur plusieurs milliers de tweets, on a identifié quelques-uns (des auteurs) et ce sont ceux-là qui sont poursuivis (...) On fait assumer à celui qui a fait un tweet la totalité des menaces des autres", s'inquiète Gérard Chemla, l'avocat d'un des prévenus.

Les dix hommes et trois femmes jugés ce jeudi sont en effet renvoyés en majorité pour un seul message parmi la multitude d'insultes et de menaces reçues par Mila à l'automne via les réseaux sociaux.

Des menaces et des regrets

"C'est juste un gamin banal qui a adressé un tweet vulgaire mais pas menaçant et qui se voit aujourd'hui reprocher du cyberharcèlement sur la base de ce tweet", détaille sur BFMTV ce jeudi matin Me Chemla à propos de son client.

"Il regrette d'avoir réagi sans réfléchir et de ne pas avoir pris la mesure de ce qui était en train de se passer. Mais ce n'est pas en condamnant un individu isolé qu'on exorcisera nos défaillances éducatives", défend-il.

Originaires de toute la France, athées, catholiques ou musulmans, les prévenus sont des jeunes gens très actifs sur les réseaux sociaux et, pour la plupart, sans antécédent judiciaire. Ils ont en majorité reconnu être les auteurs des messages et dit les "regretter". Devant les enquêteurs, ils ont expliqué avoir agi "à chaud" sous le coup de la "colère" ou "choqués" par les propos virulents de Mila.

Ils encourent deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende pour le harcèlement en ligne, et trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende pour les menaces de mort. Toutefois, l'affaire pourrait finalement être étudiée plus tard par le tribunal car deux des prévenus ont formulé des demandes de renvoi qui seront examinées à l'ouverture de l'audience à 13h30.

Ambre Lepoivre avec AFP Journaliste BFMTV