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Affaire Merah : ces notes qui accusent la DCRI

Bernard Squarcini

Bernard Squarcini - -

La DCRI est-elle coupable de manquements dans l’affaire Merah ? Le Monde rapporte de nouveaux éléments après avoir eu accès à des notes de la DCRI et au compte rendu de l’audition de Bernard Squaricini, ancien responsable des services secrets intérieurs.

Le 25 septembre dernier, "le squale", surnom attribué à Squarcini, était auditionné par le juge Christophe Teissier, chargé de l'enquête sur les assassinats de Mohammed Merah.

Il a alors expliqué, selon Le Monde, que Merah ne correspondait pas au profil classique des djihadistes : "sur plus d'une trentaine de Français djihadistes partis de France vers la zone pakistano-afghane, Mohamed Merah n'a jamais attiré l'attention des services par son comportement radical : pas de signe extérieur de radicalisme religieux, pas de lien avec la mouvance islamiste toulousaine lors des retours de ces voyages."

Des notes bien fournies

La DCRI n'avait donc aucune raison de se pencher sur son cas ? Peut-être pas, selon des notes publiées ce vendredi dans le journal Le Monde. Ces documents déclassifiés de la DCRI montre que Mérah était bien suivi depuis 2006 "dans le cadre de la surveillance de la mouvance salafiste toulousaine".

Début 2011, Mérah a même été contrôlé par la police afghane à Kandahar, contrôle dont la DCRI a vite appris l’existence et qui l'a poussé à renforcer sa surveillance sur le jeune Mohammed.

Regardé de près, un agent qualifiait même à l'époque le comportement de Mérah d’ "inquiétant". "Il vit cloîtré dans son appartement (...), fait preuve d'une grande méfiance lors de ses rares sorties." Merah "s'est même révélé être adepte de chants glorifiant l'extermination des 'mécréants occidentaux'." Il regarde "des courts métrages (...) mettant en scène l'assassinat de soldats américains par des terroristes."

Toujours selon ces notes, au printemps 2011, Merah renoue avec les salafistes toulousains, et est en contact avec le groupe Forsane Alizza ("les cavaliers de la fierté"). Les policiers remarquent alors la "prudence extrême" de Mohammed Merah qui téléphone toujours d’une cabine téléphonique. Il se comporte "comme quelqu'un qui se savait surveillé pour des faits pouvant le mettre en danger", en conclut un enquêteur avant l'été.

Merah, informateur ?

Un autre document montre enfin, que le 14 novembre 2011, la DCRI a auditionné Merah et a semblé peu convaincue de la dangerosité de Merah.

"Cette rencontre n'a pas permis de faire le lien entre Mohamed Merah et un éventuel réseau djihadiste", assurent alors les policiers de la DCRI, à rebours de toutes les notes précédentes. "Mohamed Merah est apparu comme quelqu'un d'assez malin et ouvert qui pourrait présenter un intérêt pour notre thématique en raison de son profil voyageur. Néanmoins, le comportement et la fiabilité de Merah nécessitent d'abord une évaluation", ajoute le texte. En clair, le recrutement de Mohamed Merah comme informateur de la DCRI est envisagé.

Ce point a évidemment été évoqué lors du passage de Bernard Squaricini chez le juge en septembre. "Cette évaluation a-t-elle été faite ?", lui a ainsi demandé le juge. "Je suis incapable de vous répondre", a rétorqué l'ex-patron des services du renseignement.

Pire, aurait-il pu "bénéficier à un moment quelconque, de l'aide positive ou passive" de la DCRI ou d'un autre service de renseignement ?, a insisté le juge. Bernard Squarcini s'est montré prudent: "Jamais à ma connaissance et compte tenu des éléments en ma possession."

Reste en mémoire les derniers mots de Mérah ce mercredi 21 mars alors que le RAID le cernait. "Sur ce coup-là, moi je pense que vous vous êtes complètement loupés, parce que j'ai pu faire trois attaques, j'ai tué plus de sept personnes et en [ai] blessées plusieurs."