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Affaire Grégory réouverte : les explications

24 ans après les faits, l'enquête est rouverte : on espère pouvoir analyser des traces d'ADN de contact.

24 ans après les faits, l'enquête est rouverte : on espère pouvoir analyser des traces d'ADN de contact. - -

D'éventuelles traces d'ADN pourraient être trouvées et analysées, 24 ans après les faits. Dans les Vosges, cette réouverture de l'enquête est froidement accueillie.

Le dossier de l'affaire du petit Grégory sera rouvert. C'est ce qu'a décidé ce mercredi matin la cour d'appel de Dijon (Côte d'Or). Les parents du petit garçon de 4 ans, dont le corps avait été retrouvé dans la Vologne (Vosges), le 16 octobre 1984, en avaient fait la demande, persuadés que les progrès scientifiques permettraient de retrouver des traces ADN sur des scellés du dossier. Déjà, le Procureur général de Dijon avait rendu un avis favorable, le 22 octobre dernier. Il s'appuyait sur un « avis scientifique », qui estime « aléatoires mais réelles les chances de succès » de trouver des « micro-phases d'ADN » sur les principaux scellés du dossier.

Retrouver des traces d'ADN de contact sur l'anorak ou les cordes

En fait, on espère trouver de minuscules traces d'ADN appartenant au meurtrier du petit garçon sur les vêtements de Grégory, son anorak ou son bonnet par exemple, mais aussi les cordelettes qui entouraient son corps jeté dans la Vologne. Ces éléments n'ont pas été expertisés à l'époque et ils pourraient révéler aux experts des traces d'ADN dit de contact, c'est-à-dire des empreintes laissées en touchant les vêtements. Il y a aussi les trois enveloppes postées par le corbeau : des traces ADN pourraient se loger dans le rabat qui sert à les coller. Un travail de fourmi qui prendra plusieurs mois. Mais même si des profils génétiques sont identifiés, en retrouver les propriétaires ne sera pas facile : ces scellés ont été très souvent manipulés pendant l'enquête...

Expertiser la cassette du Corbeau

Maître Gérard Welzer est l'avocat de la famille Laroche. Bernard Laroche avait été assassiné par le père de Grégory Villemin suite à des fuites erronées et des rumeurs au début de l'enquête. Une réouverture de l'enquête, est-ce une bonne chose ? « Personne ne peut ne pas avoir envie de trouver le coupable d'un tel assassinat. Simplement, dans cette affaire il faut être prudent puisque on a été de dérapages en dérapages. Le plus ignoble étant l'assassinat de Bernard Laroche. Donc rouvrir le dossier pourquoi pas, si c'est vraiment pour découvrir la vérité et si c'est fait de manière contradictoire. Par exemple la famille de Bernard Laroche ne manquera pas de demander de faire des vérifications à la Justice. Il faudra expertiser la cassette du Corbeau. Voilà une vraie démarche ! Mais si c'est rouvrir pour rouvrir et faire de la mayonnaise médiatique, ce serait dommage... on risque d'aller vers de nouveaux dérapages. »

Ne pas reproduire les erreurs de l'enquête de 1984

A Lépanges sur Vologne, où vivait la famille du petit Grégory, on souhaite surtout oublier l'affaire... La réouverture est accueillie avec un grand scepticisme et surtout une énorme lassitude. Quand on évoque le sujet, la patronne de l'unique bar du bourg disparaît tout d'un coup dans son arrière cuisine, le maire, lui, refuse aimablement « Marre des journalistes », explique-t-il. Il faut dire qu'en 1984, tous les médias avaient envahi la place. Aujourd'hui, on redoute un nouvel emballement... Michèle habitait Lépanges sur Vologne, au moment du drame. Elle est l'une des rares habitantes à s'exprimer. Elle se dit favorable à cette réouverture, sous certaines conditions : « De toute façon il faut trouver le coupable, il faut le punir. C'est par rapport à ce qu'il a souffert ce petit... Pas pour savoir qui a fait ça. Pour que ce gamin, on y pense autrement. Avec les moyens qu'on a maintenant, on devrait être capable trouver. Mais il ne faut surtout pas que les journalistes viennent envahir toutes les rues, toutes les maisons, comme à l'époque. Il faut que ce soit une enquête dans l'ombre. Pas une enquête des villageois, ni des journalistes. »

Caricatures de consanguinité et de débilité

Car les dégâts causés par la précédente enquête sont encore dans toutes les têtes dans la région Lorraine. Jean-Paul Valson, journaliste de l'Est Républicain, à Epinal, a suivi l'affaire Villemin dès ses débuts. Il explique pourquoi aujourd'hui, on ne souhaite plus parler de cette affaire : « 25 ans après, les gens n'ont plus envie d'en parler. Ils ont payé très cher alors qu'ils n'étaient pour rien dans cette affaire. Ça a atteint des niveaux de caricature assez étonnants. On a fait état de consanguinité des populations à la limite de la débilité, on a décrit cette population comme intellectuellement peu développée, fermée aux autres... On a envie d'oublier. »

La rédaction, avec Aurélia Manoli