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Affaire bettencourt: eric woerth se défend, le fisc confirme

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PARIS (Reuters) - Eric Woerth, actuel ministre du Travail, n'a donné aucune instruction sur le dossier fiscal de Liliane Bettencourt, déclare le...

PARIS (Reuters) - Eric Woerth, actuel ministre du Travail, n'a donné aucune instruction sur le dossier fiscal de Liliane Bettencourt, déclare le fisc dans un communiqué diffusé tard vendredi soir, ajoutant que les informations reçues du parquet de Nanterre ont donné lieu à un "contrôle fiscal approfondi".

Cette mise au point de la Direction générale des finances publiques intervient au terme d'une journée marquée par un nouveau rebondissement dans la polémique autour d'Eric Woerth et des liens qu'il aurait avec l'entourage de la femme la plus riche de France.

Dans son édition datée de samedi, l'hebdomadaire Marianne affirme en effet que le parquet de Nanterre avait entre les mains depuis 2008 tous les éléments sur des faits s'apparentant à une présomption de fraude fiscale et qu'il avait "omis d'alerter le fisc".

Dès publication de l'article, le parquet, qui instruisait la plainte pour abus de faiblesse déposée par la fille de la milliardaire contre le photographe François-Marie Banier, a aussitôt affirmé avoir alerté le fisc dès janvier 2009.

"A compter de cette date (ndlr, le 9 janvier 2009), l'intégralité des éléments de la procédure et des scellés confectionnés dans ce cadre était à la disposition de l'administration des impôts", écrit le procureur de Nanterre, Philippe Courroye.

Dans son communiqué diffusé tard vendredi soir, le fisc confirme avoir reçu à cette date des éléments "laissant présumer une fraude fiscale concernant une autre personne liée à l'affaire".

"Cette information a été normalement exploitée dans le cadre d'un contrôle fiscal approfondi", ajoute le directeur général des Finances publiques, Philippe Parini.

En début de soirée, Eric Woerth, qui était à cette époque chargé du Budget, a déclaré par voie de communiqué n'avoir donné aucune instruction pour empêcher un contrôle fiscal de la principale actionnaire du groupe L'Oréal.

Il suggère par ailleurs que des "tiers extérieurs", comme le président de la Commission des Finances de l'Assemblée ou celui de la Cour des comptes, puissent "s'assurer par eux-mêmes qu'il n'a donné aucune instruction à l'administration fiscale de quelque nature que ce soit pour ne pas réaliser d'opérations de contrôle fiscal dans le dossier Bettencourt".

LOCATAIRE DE L'ÎLE D'ARROS

Eric Woerth, qui a été ministre du Budget de mai 2007 à mars 2010, est soupçonné par une partie de la gauche d'avoir fermé les yeux sur les faits reprochés à Liliane Bettencourt en raison de l'embauche de sa femme par le gestionnaire de fortune de la milliardaire, des accusations qu'il a plusieurs fois rejetées.

Le Premier ministre François Fillon lui a renouvelé vendredi sa "totale confiance", parlant d'accusations "inexactes".

Selon l'hebdomadaire Marianne, le parquet était au courant des éventuelles fraudes depuis mars 2008 sur la foi de pièces figurant dans la plainte de Françoise Bettencourt-Meyers, fille de la milliardaire, contre François-Marie Banier.

Parmi ces pièces, figure une lettre du photographe à Liliane Bettencourt, datée de mai 2005. Celle-ci fait référence à l'île d'Arros, aux Seychelles, que la milliardaire posséderait sans l'avoir déclarée au fisc.

Liliane Bettencourt a annoncé au tout début de la semaine son intention de régulariser la situation des comptes qu'elle possède en Suisse et dont l'existence a été dévoilée par des enregistrements clandestins par son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre. Elle n'a pas fait mention en revanche de l'île d'Arros.

Dans un entretien au Figaro à paraître samedi, Patrice de Maistre confirme que ces comptes suisses représentent un montant total de 78 millions d'euros mais dément avoir participé à des opérations de dissimulation fiscale, évoque des "négligences involontaires" et dit n'avoir découvert leur existence qu'en novembre dernier.

Concernant l'île, il déclare: "L'île d'Arros a, à ma connaissance, été achetée en 1997 avant que je ne sois là et sans que je connaisse la structure de la société qui la détient. Elle n'en est que locataire."

Il confirme également que la milliardaire a versé des dons à l'UMP pour financer des campagnes électorales et explique que ses relations avec Eric Woerth, qui lui a remis la Légion d'honneur en 2008, sont "faites de rencontres épisodiques, rien de plus".

Gérard Bon, Laure Bretton et Henri-Pierre André