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Accusés de laxisme, les magistrats montent au front

Le ton monte entre Jean-Jacques Urvoas et les magistrats. Le Syndicat de la magistrature n'a pas apprécié que le ministre de la Justice promette de transmettre des statistiques pénales aux policiers. Ils s'estiment trahis.

Après la grogne des policiers, celle des magistrats. Le Syndicat de la magistrature, classé à gauche, a estimé jeudi que le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas s'est comporté en "ministre de la Police" en reprenant à son compte le discours "simpliste" de policiers sur "le prétendu laxisme de la justice".

Le ministre de la Justice a reçu mercredi soir à leur demande les organisations syndicales de la police auxquelles il a réaffirmé "son entier soutien aux personnels de la police (...) exposés à des risques aussi significatifs que constants". Et selon lui, les critiques des policiers contre la justice relèvent d'un "manque d'informations".

"Le discours simpliste sur le laxisme de la justice"

Il leur a notamment annoncé qu'il renouvellerait très prochainement ses orientations de politique pénale, recommandant "la plus grande fermeté" concernant "les atteintes aux personnes dépositaires de l'autorité publique".

"Le ministre reprend ainsi à son compte le discours simpliste et accusateur sur le prétendu laxisme de la justice, oubliant de mentionner, par exemple, que chaque année le nombre de personnes condamnées pour outrage et rébellion -plus de 15.000, souvent en comparution immédiate- dépasse largement le nombre de personnes qui le sont pour des délits économiques et financiers", dénonce le syndicat dans un communiqué.

"Le Rubicon est franchi"

Rappelant que "la durée moyenne d'incarcération n'a cessé d'augmenter au cours des dernières années", le syndicat s'interroge: "Où est le laxisme?" 

"Qu'un garde des Sceaux se préoccupe des moyens humains et matériels" de la police judiciaire, "rien d'illégitime", mais "qu'il embraye le pas à des manifestations nocturnes aux arrières-pensées politiques évidentes pour sommer la justice de rendre des comptes, et le Rubicon est franchi", dénonce l'organisation, qui ironise sur la "révolution institutionnelle" d'un garde des Sceaux se faisant "ministre de la police".

"Des pressions exercées sur la justice"

Lors de sa rencontre avec les syndicats de police, le garde des Sceaux s'est également engagé à leur transmettre "les chiffres sur la réalité de la réponse pénale concernant les atteintes aux personnes dépositaires de l'autorité publique afin d'assurer la plus grande transparence".

"En faisant publiquement le lien entre une nouvelle circulaire de politique pénale et la transmission des statistiques pénales aux organisations syndicales de policiers, il se fait le relais des pressions exercées sur la justice par ces démonstrations musclées, poursuit le syndicat. Décidément, quand il est question d'indépendance de la justice, les règles institutionnelles les plus élémentaires n'ont rien d'évident au plus haut niveau de l'État."

Céline Hussonnois-Alaya avec AFP