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Les magistrats somment Hollande de retirer ses propos sur la justice

Après les critiques acerbes de François Hollande envers la justice, révélées dans le livre Un président ne devrait pas dire ça..., des journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, les deux plus hauts magistrats français, en colère, ont rencontré mercredi soir le président à l'Elysée, à leur demande. Dans un communiqué, le syndicat majoritaire appelle le chef de l'Etat à "retirer" ou "infirmer" ses propos.

François Hollande s'est entretenu ce mercredi soir avec Bertrand Louvel et Jean-Claude Marin, les deux plus hauts magistrats de l'ordre judiciaire en France, respectivement premier président et procureur général à la Cour de cassation. De cet entretien d'un vingtaine de minutes, rien n'a filtré.

Les deux hommes ont demandé ce rendez-vous en urgence après la publication de propos acerbes du président sur la justice, rapportés dans le livre Un Président ne devrait pas dire ça..., publié ce mercredi. La "lâcheté" de juges et de procureurs qui "se planquent" et "jouent les vertueux", autant de termes qui ont provoqué l'indignation chez les magistrats.

L'USM dénonce le "double discours" de François Hollande

Dans un communiqué, l'Union syndicale des magistrats (USM), majoritaire, qui se définit comme "apolitique" et a remporté plus de 70% des voix aux dernières élections professionnelles, "demande que les propos sur la lâcheté de l'institution judiciaire soient infirmés ou retirés".

L'organisation syndicale, qui a fait part de sa "consternation" face à au "double discours" du président, l'avait reçu à son congrès vendredi dernier. A Dijon, François Hollande avait en effet dit son respect de l'institution judiciaire aux membres de l'USM, dont plusieurs s'étaient levés pour l'applaudir.

"On se planque, on joue les vertueux"

Dans le livre, François Hollande déclare d'abord: "Je n'ai jamais espionné un juge, je n'ai jamais rien demandé à un juge, je n'ai jamais été financé par la Libye, etc.", pour mieux marquer sa différence avec Nicolas Sarkozy. Mais le chef de l'Etat compatit ensuite avec les déboires judiciaires de son prédécesseur, et évoque en particulier le fait que ses téléphones aient été géolocalisés par les juges. 

"S'il n'y a rien dans le dossier, c'est choquant, c'est vrai". "C'est hélas le comportement de la justice", estime-t-il, avant de tenir des propos ouvertement critiques. "Cette institution, qui est une institution de lâcheté... Parce que c'est quand même ça, tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux... On n'aime pas le politique. La justice n'aime pas le politique...", conclut François Hollande.

Une justice "marginalisée"

Clarisse Tarron, présidente du Syndicat de la magistrature, organisation minoritaire classée à gauche, a quant à elle qualifié la critique faite par François Hollande d'"extrêmement pauvre".

"Nous ne considérons pas que l'institution judiciaire soit exempte de critique", a-t-elle dit à l'AFP. Mais elle juge malgré tout "regrettable" que le chef de l'Etat s'en prenne à la justice alors que cette dernière est, selon elle, "marginalisée" face à la multiplication des textes sécuritaires adoptés dans le cadre de la lutte antiterroriste.

Charlie Vandekerkhove avec AFP