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A Joué-lès-Tours, de nouvelles violences malgré le couvre-feu

Le commissariat de Joué-lès-Tours, en Indre-et-Loire.

Le commissariat de Joué-lès-Tours, en Indre-et-Loire. - AFP

Un couvre-feu pour les mineurs a été instauré pour une durée d'un mois par la mairie de Joué-lès-Tours, en Indre-et-Loire. Une manière de lutter contre la délinquance qui sévit dans cette ville d'un peu plus de 35.000 habitants depuis plusieurs semaines.

Un couvre-feu imposé aux mineurs de moins de 17 ans résidant à Joué-lès-Tours pendant un mois depuis lundi. C'est la solution radicale décidée par la mairie de cette commune d'Indre-et-Loire afin de lutter contre les "différentes violences et dégradations des dernières semaines" qui traduit "un sentiment croissant d’insécurité et d’une image de leur ville qui se dégrade dangereusement".

En réponse à cet arrêté, selon plusieurs sources policières, une quinzaine d'individus ont mis le feu mardi soir vers 21 heures à plusieurs voitures dans le quartier de la Rabière. Au total, ce sont 15 véhicules qui ont été endommagés. Un mineur de 17 ans a été interpellé.

"Pour incendier les véhicules, ils se sont dispersés en trois groupes. Ils commencent à comprendre qu'on est en sous-effectif", déplore un policier.

Recrudescence des violences urbaines

Ces dégradations au soir de Noël ne sont pas nouvelles. Certains diront qu'elles ont débuté depuis le mois de novembre et l'appel à la "purge" lancé pour la nuit d'Halloween sur les réseaux sociaux. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, des violences urbaines ont eu lieu dans ce même quartier avec des affrontements entre jeunes du quartier de la Rabière et policiers au cours desquels huit véhicules avaient été incendiés.

Pour d'autres, cette délinquance est sous-jacente depuis longtemps et s'est déplacée dans le département d'Indre-et-Loire depuis quelques mois. Au niveau départemental, en 2017, le taux d'atteintes aux biens avec destructions ou dégradations était de 4,66 pour 1.000 habitants, contre 4,15 au niveau national.

Au trafic de stupéfiants déjà connu dans certains quartiers de Joué-lès-Tours s'est accrue une délinquance tournée vers les citoyens et les biens avec "une mode" pour les incendies de voiture. En deux ans, ce type d'actes a augmenté de 43,9%.

"Il y a deux phénomènes: les violences commises par les mineurs et celles par les migrants qui pour survivre commettent des vols", constate Thierry Spitz, secrétaire régional adjoint du syndicat Alliance police.

Depuis la fin du mois de novembre, 18 plaintes ont été déposées par des femmes, dont une femme enceinte et une octogénaire, pour des vols de sac à main dans le centre de la ville. Des interpellations mais pas de poursuites, estime un policier qui assure que "ce sont toujours les mêmes mineurs qui sont arrêtés".

"Psychose" des habitants

Les causes de cette recrudescence des violences physiques et matérielles ont du mal à être identifiées par les acteurs sur le terrain. Alors que certains parlent de ras-le-bol de la population voire de psychose, les forces de l'autorité réclament elles des effectifs supplémentaires.

"Il y a de moins en moins de policiers sur le terrain, on a un réel manque d'informations issues du terrain", déplore Thierry Pain, délégué régional pour le syndicat Unité SGP Police.

A Joué-lès-Tours, où réside plus de 37.000 habitants, la journée, il y a trois agents pour police secours, cinq pour la police de quartier et deux fonctionnaires pour l'investigation, assure-t-il. La nuit, ils ne sont plus que trois. Insuffisant pour empêcher les violences, alors qu'à Tours le nombre d'agents travaillant de nuit a baissé de 30 %.

"Les patrouilles ne sont plus sur le terrain, abonde le syndicaliste d'Alliance. Or, parfois, la circulation des patrouilles peut gêner les délinquants." 

Dans la ligne de mire des policiers, leur directeur départemental de la sécurité publique. "Il faut qu'il réorganise sa police pour en faire une police de terrain", martèle Thierry Pain. Le syndicat Unité SGP Police a d'ailleurs organisé au mois de novembre un rassemblement devant la préfecture d'Indre-et-Loire pour réclamer plus d'effectifs.

"Il faut trouver une solution durable et collective, insiste de son côté Mohamed Moulay, élu d'opposition à Joué-lès-Tours. Tous les moyens doivent être mobilisés."

Les élus ont proposé la création d'une mission spécifique d'éducation dans le quartier de la Rabière, d'un conseil éducatif et une police de sécurité quotidienne.

Contactés, le maire LR de Joué-lès-Tours, Frédéric Augis, et la préfecture d'Indre-et-Loire n'ont pas répondu à nos sollicitations.

Justine Chevalier