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"Tannhäuser" de Wagner: l’opéra version nazie qui choque l’Allemagne

Tannhaüser, opéra connu de Wagner, est joué dans le monde entier.

Tannhaüser, opéra connu de Wagner, est joué dans le monde entier. - -

Depuis samedi 4 mai, un opéra de Wagner fait scandale en Allemagne. Le metteur en scène, Burkhard Kosminski, a transposé "Tannhaüser" sous le régime nazi. Un spectacle qui fait écho à l’actualité récente.

Des huées, des spectateurs qui quittent la salle, d’autres écoeurés jusqu'à être malades... Une version nazie de l’opéra de Wagner Tannhaüser jouée à Düsseldorf a suscité un tel esclandre en Allemagne qu’elle a été remplacée par une version uniquement musicale, jeudi.

Des spectateurs transportés à l'hôpital

L’action initiale de l’opéra de Wagner se déroule au Moyen-Âge. Les chevaliers croisent la route de troubadours et de nobles dames. Mais dans la version proposée depuis le 4 mai par l’opéra de Düsseldorf, pas de châteaux-forts, ni de chanson de geste: l’intrigue est transposée dans les années 1940 et les personnages se transforment en bourreaux nazis et en victimes.

Une relecture qui n'est pas passée dans l'opinion. Au cours de la première représentation samedi dernier, les spectateurs ont commencé à se lever dès la première demi-heure, huant les acteurs. Certains, plus sensibles encore, ont dûs être transportés à l’hôpital.

Le nazisme pour parler de culpabilité: effet manqué

Si des scènes de meurtre et de viols ont bouleversé le public, des allusions aux chambres à gaz en ont poussé certains à quitter la salle: la scène d’ouverture de l’opéra dévoile un container en verre à l’intérieur duquel des chanteurs sont peu à peu entourés d’un brouillard blanc. L’image laisse peu de place à l’imagination.

Le metteur en scène, Burkhard Kosminski, a refusé d’édulcorer certaines scènes. Il défend son choix d’adaptation dans le Guardian. Selon lui, mélanger l’opéra initial avec "des motifs nazis" permettait d’illustrer les thèmes de la culpabilité et de l’expiation des crimes. Le message a eu du mal à passer.

Dans un communiqué, la direction de l’opéra de Düsseldorf a reconnu avoir été "consciente d’emblée" que le concept proposé par Kominski "ferait débat". Pour se rattraper, la direction propose, depuis jeudi 9 mai mai, une version concert de l’opéra de Wagner, purgée de toute référence à Hitler.

L'ombre du nazisme au cœur de l'actualité allemande

Il faut dire que l’actualité de ces dernières semaines a échaudé les nerfs des allemands. Fin avril, la presse nationale révèle le passé de soldat SS de l’acteur Horst Tappert – alias Inspecteur Derrick. Les télévisions françaises et allemandes ont décidé de ne plus rediffuser le feuilleton.

Dans le domaine judiciaire, deux affaires ont fait la Une des médias. Lundi 6 mai, la police allemande arrête dans le sud-ouest du pays un homme de 93 ans, Hans Lipschis, soupçonné d’avoir été gardien à Auschwitz.

Le même jour devait s'ouvrir le procès à Munich de Beate Zschäpe, membre d’un groupe néo-nazi. Cette femme de 38 ans est jugée pour le meurtre de dix personnes dont huit commerçants turcs. Son procès a finalement été ajourné au 14 mai: la défense a réclamé la révocation d’un juge.

Alizée Golfier